Mercredi 19 février 2020

Besançon (25)

Susanna Fritscher, la dame blanche

Frac Franche-Comté, du 18 octobre 2014 au 25 janvier 2015

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 23 septembre 2014 - 326 mots

Difficile de parler du travail de Susanna Fritscher – artiste autrichienne vivant à Montreuil –, tant son art est singulier.

Tenter de le décrire fait courir le risque d’en réduire toute la subtilité. Les œuvres de la plasticienne s’élaborent toujours à partir de la spécificité d’un lieu utilisé comme champ d’expérimentation et comme architecture à l’intérieur de laquelle la lumière joue un rôle essentiel. Son travail consiste à renouveler la perception de certains espaces à travers des installations interagissant avec l’architecture. Ses interventions minimalistes se fondent avec leur environnement dans une relation d’ordre mimétique. Œuvre et lieu ne font qu’un. Plus encore, leurs caractères s’inversent : l’espace se dématérialise, bouleversant la réalité de sa perception, l’image occupe l’espace. Les premières réalisations de Susanna Fritscher s’élaboraient à partir d’un travail de peinture projetée sur différents supports – toile, panneaux de verre, de Plexiglas, film miroitant – ou directement sur le mur. Bien que ses recherches englobent aujourd’hui la couleur et l’expérimentation d’autres matériaux : enduits, revêtements ou vidéo projection luminescente, le blanc dans toutes ses variations constitue le parti pris essentiel auquel l’artiste reste encore attachée. Dans Promenade blanche, elle introduit l’air comme matériau dans la construction de ses réalisations. Spécialement conçue pour le Frac de Franche-Comté à Besançon, cette œuvre aérienne entre en parfaite résonance avec le nouvel espace conçu par l’architecte Kengo Kuma. En entrant dans la salle d’exposition en apparence vide, le visiteur perçoit une oscillation, un courant, un bruissement qui saisit toute la salle : l’air semble être devenu visible, palpable, audible. Cette présence évanescente finit par nous  révéler celle d’une matière architecturée vaporeuse et transparente qui flotte entre sol et plafond, ondule en lacets et envahit toute la salle. Se promenant le long de l’installation, le spectateur découvre, de pli en pli, que l’œuvre se densifie ou se dissipe, apparaît ou pâlit, tamisée par la lumière blanche. Comme plongée dans un halo de brume, la salle murmure de frémissements et de bruissements.

« Susanna Fritscher. Promenade blanche », Fonds régional d’art contemporain de Franche-Comté, Cité des arts, 2, passage des Arts, Besançon (25), www.frac-franche-comte.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°672 du 1 octobre 2014, avec le titre suivant : Susanna Fritscher, la dame blanche

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