Mercredi 14 novembre 2018

Superproduction

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 décembre 2006 - 366 mots

On en revient toujours à ce film de vingt-huit minutes tourné en 1986. À chaque exposition où Le Cours des choses (Der lauf der Dinge) est présenté, le public est happé par le suspense dérisoire de ce film d’action réalisé par le duo suisse Peter Fischli et David Weiss. Rares sont les œuvres qui contentent autant le public néophyte et le plus spécialisé : Le Cours des choses fait partie de ce cercle fermé.
Pourtant le scénario est plutôt mince. La caméra suit une remarquable démonstration de la cause à l’effet, des petites performances et catastrophes en cascade qui ridiculisent aussi sûrement le moindre record du monde de chute de dominos. Dans un garage un peu sombre, un seau se renverse sur une substance qui dégage soudain un épais brouillard, déclenchant à son tour une nouvelle « prouesse » technico-scientifique. Loi de la gravité, réactions chimiques, explosions, les victoires les plus humbles frôlent de si près l’échec que le spectateur est suspendu à l’écran. Cette œuvre est évidemment au centre de l’exposition londonienne, accompagnée de son making off, révélant la patiente mise au point de ce film-catastrophe. Cette œuvre qui fait aimer l’art contemporain n’est pas le simple résultat de la chance, fruit d’esprits potaches. Sous cette légèreté, se développe une réflexion profonde sur l’absurdité.
Elle est au cœur de la collaboration entre ces deux Suisses qui, depuis la fin des années 1970, explorent avec l’installation, la photographie, le film ou la vidéo, les tréfonds de l’absurde. Qu’ils associent des images de fleurs très colorées à des aéroports, qu’ils se déguisent en rat géant et en ours, Fischli et Weiss tracent un chemin sinueux pour le spectateur avec un sens de la dérision et un humour décapants. Preuve en est, du titre de l’exposition plutôt sibyllin à la dernière salle. Comme un chantier laissé en plan par les ouvriers. Mais tous les objets, des outils à la boîte de pizza abandonnée, sont des copies en matériau extra-léger. Une métaphore de l’œuvre de Fischli et Weiss rassemblée dans le parcours, apparemment légère, qui vous prend avec assurance en défaut.

« Peter Fischli & David Weiss, Flowers and Questions: a Retrospective », Tate Modern, Londres, jusqu’au 14 janvier 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°586 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : Superproduction

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque