Samedi 7 décembre 2019

Musée des beaux-arts, Rouen (76)

« Subtilités » flamandes

Jusqu’au 3 juillet 2011

Par Dominique Vergnon · L'ŒIL

Le 18 mai 2011 - 392 mots

La trêve de Douze Ans ou la relance de l’art ! Dans la seule ville d’Anvers, au lendemain du conflit entre les Provinces-Unies et l’Espagne, au moins deux cents peintres sont actifs.

Car si cette trêve signée en 1609 amène la prospérité économique, elle provoque aussi une expansion sans précédent des arts. Pour assurer à sa reconquête l’élan voulu, la Contre-Réforme doit restaurer la visibilité des signes spirituels et donc décorer églises et couvents. Les commandes affluent, les ateliers recrutent en masse les assistants. 
Une personnalité domine la peinture flamande d’alors, lui insuffle son dynamisme et lui impose ses modelli, ces grandes esquisses précédant le tableau final. Il s’agit bien sûr de Pierre Paul Rubens, revenu dans sa ville peu avant cette date et qui devient le maître auprès duquel par dizaines les disciples se forment en suivant fidèlement ses instructions. Parmi ces élèves peu ou pas connus, deux se distinguent vite, acquièrent leur indépendance, règnent à égalité. L’un est le brillant Antoine Van Dyck (1599-1641), qui occupe d’office une place prééminente grâce à l’ardeur de son trait et l’ampleur de ses nuances. Il s’affirme comme un portraitiste pénétrant et ira poursuivre sa carrière en Angleterre. L’autre est le fidèle Jacob Jordaens (1593-1678), collaborateur toujours proche de Rubens, aimant jouer des contrastes dans ses compositions et davantage partisan de la jovialité populaire. 

La trentaine de feuilles sorties de la collection de l’École nationale supérieure des beaux-arts montre combien le foyer flamand a rayonné sur l’Europe du xviie siècle. Sa vitalité culturelle le conduit à élaborer un nouveau langage artistique, alliant la finesse du travail graphique obtenu par la plume ou la pierre noire aux effets picturaux résultant des passages de gouache, d’aquarelle ou de rehauts de blanc, donnant à chaque dessin autant de finesse que de densité. On admirera notamment quelques pièces exemplaires, comme cette Étude d’homme nu pour un baptême du Christ de Rubens ou cette Étude de bras et de mains autour d’un panier pour le triomphe de Bacchus de Jordaens. De véritables chefs-d’œuvre dont les mouvements entre ombre et lumière témoignent de la « subtilité » de cette peinture, selon le mot de Marguerite Yourcenar.

Voir

« Le Baroque en Flandres : Rubens, Van Dyck, Jordaens », dessins de l’École nationale supérieure des beaux-arts
Musée des beaux-arts, esplanade Marcel-Duchamp, Rouen (76), tél. 02 35 71 28 40, www.rouen-musees.com, jusqu’au 3 juillet 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°636 du 1 juin 2011, avec le titre suivant : « Subtilités » flamandes

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