Vendredi 23 février 2018

Stockholm : Les musées neufs de la capitale de la culture

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 10 septembre 2009

Stockholm est, en 1998, la Capitale européenne de la Culture. Cette ville, qui jouit d’une vie culturelle riche et diversifiée, compte une bonne soixantaine de musées, d’innombrables galeries d’art et plus de mille cinq cents artistes plasticiens et artisans d’art. Six cents programmes sont prévus au total, dans tous les domaines de la création, pendant toute l’année. Le coup d’envoi sera, en février, l’ouverture du nouveau Musée d’art moderne de Stockholm qui accueillera, de mai à août, une grande rétrospective Miró.

La ville archipel, bâtie le long des bras du lac Mälar, au bord de la Baltique, va s’enrichir au printemps 1998 d’un nouveau musée, le Musée d’art moderne de Stockholm, qui remplace en grande partie l’ancienne construction datant de 1958. Érigé sur l’île de Skeppsholmen, sur le roc granitique d’un ancien fort maritime, il jouit d’une vue exceptionnelle sur la côte et le centre historique de Stockholm.

La nouvelle structure, avec ses 19 500 m2, occupe une surface quatre fois supérieure à celle de l’ancienne, ce qui permettra de faire découvrir au public, pour la première fois,  une des plus belles collections d’art contemporain. Plus de 50 % des chefs-d’œuvre détenus par le musée pourront désormais être exposés, contre 10 % dans l’ancien musée. Les artistes majeurs du XXe siècle y sont représentés : Picasso (Joueur de guitare ; Bouteille, verre et violon ; Déjeuner sur l’herbe...), Braque (Nature morte au violon ; La Roche-Guyon : le château...), Matisse (Paysage marocain...), Chagall (Le cirque...), Derain (Femme à la corbeille...), Dali (L’énigme de Guillaume Tell...), sans oublier Mondrian, Picabia, Gris, Duchamp et bien d’autres. Un grand hall de plus de 1 000 m2 accueillera les expositions temporaires. Le nouveau patron des lieux, David Elliott, ancien directeur du Musée d’art moderne d’Oxford, classe déjà son “protégé” parmi les meilleurs musées d’Europe, entre la Tate Bankside, le musée du Centre Pompidou et le Ludwig Museum de Cologne.

L’œuvre de José Rafael Monéo
La nouvelle construction abrite également le Musée suédois de l’architecture. Les deux ensembles, qui partagent le même hall d’entrée, un auditorium et un restaurant de 240 places, sont l’œuvre du célèbre architecte espagnol José Rafael Monéo. Ce dernier a été choisi, de préférence à d’autres architectes parmi lesquels figuraient des Scandinaves, pour sa capacité à être à l’écoute de ce qu’il appelle “le murmure des lieux”. “Je ne peux pas concevoir un immeuble séparé de son environnement, précise-t-il. C’est la spécificité du lieu, son caractère unique, qui stimule mon énergie.” Enseignant à Madrid, Barcelone, Princeton et Harvard, Monéo est surtout connu pour quelques belles réalisations. Il est le père du Musée national d’art roman de Mérida, en Espagne, du Musée Miró à Majorque, du Musée d’art Thyssen-Bornemisza à Madrid, mais aussi de la gare Atocha à Madrid et de l’aéroport de Séville.

À Stockholm, sa réalisation fait l’unanimité. Cette belle construction gris pâle, au toit de zinc et aux murs recouverts de briques et d’un enduit, sera inaugurée le 14 février avec une exposition au titre étrange et à la tonalité un peu triste pour un  tel événement, “Blessures : entre démocratie et rédemption dans l’art contemporain”. Elle offrira l’occasion d’admirer les œuvres d’une soixantaine d’artistes européens et américains – Francis Bacon, Richard Hamilton, Andy Warhol, Christian Boltanski, Bruce Nauman, Georg Baselitz, Joseph Beuys, Eva Hesse... –, réunis pour ce qui se veut être à la fois une célébration de l’art des années soixante à nos jours et un examen des blessures qui ont accompagné son développement. “Qu’est-ce qui distingue l’art moderne des autres manifestations culturelles ?, s’interrogent les organisateurs de l’exposition. Comment expliquer que bien que n’ayant aucune fonction sociale évidente, l’art moderne ait été si important, au point qu’il ait constitué une des premières cibles des gouvernements totalitaires qui tentèrent
de le supprimer ?”.

Miró par-ci, Miró par-là
En mai, toujours au Musée d’art moderne, Miró prendra le relais pour une durée de quatre mois. L’exposition, qui mettra particulièrement en relief le travail du peintre dans une période comprise entre les années vingt et le début des années cinquante, s’ouvre sur une toile de la période cubiste de Miró, l’Autoportrait (1919) qui a appartenu à Picasso. Elle se poursuit avec La ferme et le potager, une toile de 1918 (Musée d’art moderne de Stockholm), et Les Labours de 1923-1924 (Guggenheim Museum) qui marque une évolution vers le surréalisme. À la même époque, l’artiste réalise toute une série d’œuvres poétiques (Le paysan catalan, 1925. National Gallery de Washington) au graphisme raffiné, illustrées de poèmes et de citations. C’est à partir des années quarante et au début des années cinquante qu’apparaît le style enjoué et léger qui lui est resté attaché, et ces étoiles, soleils et lunes qui volent ou flottent dans l’espace. Organisée par Ragnar Von Holten, conservateur en chef du Musée de Stockholm, l’exposition rassemble 150 œuvres de Miró incluant 80 peintures, 10 sculptures et une quarantaine de dessins.

Le Musée d’art moderne ne centralisera pas toutes les manifestations d’art du XXe siècle. Une cinquantaine d’expositions d’artistes contemporains suédois et internationaux, regroupées sous le titre d’“Archipels : nouveaux espaces”, se dérouleront dans  le cadre de sept autres musées de la ville (Cabinet royal des monnaies, Musée national des technologies)... Au nombre des artistes participants, on trouvera :  Mona Hattoum, Jeff Koons, Rosemarie Rockel, Sophie Calle et de nombreux artistes suédois.

Après l’art moderne, l’architecture. L’exposition “5D-Room on the run” inaugurera le 12 février le Musée suédois de l’architecture, en présentant des pièces d’habitation dessinées par Le Corbusier et Jean Nouvel, notamment. Architecture toujours avec une exposition où quatorze grands noms – Mario Botta, Michael Graves, Alvaro Siza – seront invités à dessiner chacun un pavillon de jardin ouvrier d’environ 7,5 m2. Retour à la nature et au social…

Un festival de photographie
Le premier Festival de la photographie de Stockholm ouvrira ses portes le 5 septembre pour une durée d’un mois. Il comprendra de multiples expositions, conférences, séminaires et ateliers mettant en valeur toute la richesse et la diversité de l’art photographique. Les manifestations se dérouleront dans des musées et autres institutions culturelles, à l’exception de l’exposition intitulée “Sous-Exposée”? qui, elle, prendra place dans le métro de Stockholm. Sept cent quarante-neuf photos géantes de cinq mètres de haut, prises par 250 photographes, dont quelques-uns des plus grands maîtres vivants de la discipline – d’Henri Cartier-Bresson à Helmut Newton et Nan Goldin en passant par Irving Penn et bien d’autres –, orneront pendant quinze jours les murs des stations de métro, d’ordinaire colonisés par les affiches publicitaires. Pour le prix d’un ticket de métro, ces agrandissements géants, réalisés grâce à une nouvelle technique d’impression à jet d’encre, seront ainsi,accessibles à un large public peu habitué à fréquenter les musées et les expositions.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°51 du 3 janvier 1998, avec le titre suivant : Stockholm : Les musées neufs de la capitale de la culture

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