Dimanche 21 octobre 2018

Touquet (62)

Speedy Graphito, vite la peinture

Musée du Touquet jusqu’au 21 mai 2017

Par Stéphanie Lemoine · L'ŒIL

Le 13 décembre 2016 - 338 mots

Dans le droit fil d’une programmation faisant la part belle à la peinture française (Buffet, Combas, etc.), le charmant Musée du Touquet consacre sa première rétrospective à Speedy Graphito.

Embrassant l’ensemble d’une carrière propulsée dans les années 1980 grâce à l’affiche de « La ruée vers l’art », « Un art de vivre » souligne la prolixité de cet artiste un peu vite réduit à l’estampille « street art ». Or, s’il a ponctuellement peint dans la rue (notamment au sein du collectif X-Moulinex), c’est d’abord en peintre d’atelier que Speedy Graphito scrute les cultures urbaines. La mise en scène avec bombe de peinture XXL et palissades qui clôt l’exposition, ou encore les toiles sombres du début des années 2000, en sont autant d’illustrations : chez lui, le graffiti se donne moins pour une aventure qu’un mode de communication, au même titre que la culture 2.0, disséquée dans les œuvres récentes de l’artiste rassemblées au premier étage. De sa formation de publicitaire à l’école Estienne, Speedy Graphito a en effet conservé une attention aiguë à la profusion des signes et des images qui saturent la société de l’information. Plus « pop » que « street », ses toiles et sculptures remixent une culture visuelle largement massifiée, et puisent aussi bien dans les codex mayas que dans la peinture classique ou les comics. S’il y a dans cette entreprise d’appropriation un écho assumé à Warhol ou Erró, « Un art de vivre » souligne aussi ce qu’elle doit en propre à Speedy Graphito. À savoir : la capacité de l’artiste, si bien nommé, à refléter l’accélération à laquelle nous vouent les nouvelles technologies, à digérer en un rien de temps le délire de l’époque, à vibrionner d’un style à l’autre en observateur effréné mais critique d’une orgie visuelle. C’est sans doute dans ce sens qu’il faut comprendre l’« art de vivre » mentionné dans le titre : comme une façon de retourner le consumérisme contemporain des images en opportunité picturale et en affirmation de la liberté de tout peindre.

« Speedy Graphito, Un art de vivre »

Musée du Touquet, avenue du Golf, Le Touquet-Paris-Plage (62), www.letouquet-musee.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°697 du 1 janvier 2017, avec le titre suivant : Speedy Graphito, vite la peinture

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