Sous le signe de l’Hexagone

Cent artistes français de l’autre côté des Alpes

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 11 janvier 2008

Organisé par le Centre expérimental pour les arts contemporains de Caraglio, « Voilà la France » disperse dans quatre lieux des environs de Cuneo une centaine d’artistes français. Éclectique mais non dénuée de parti pris, la manifestation échappe à l’hagiographie institutionnelle pour offrir un regard averti sur la jeune scène hexagonale.

CARAGLIO - Autant le dire tout de suite, “Voilà la France” est typiquement le genre d’exposition dont on ne saurait que faire en France. Tout le monde sera donc content qu’un étranger se soit collé à une tâche aussi impossible que dangereuse : offrir un panorama de la jeune scène artistique française. La sélection des 96 artistes présents revient à Andrea Busto, directeur du Centre expérimental pour les arts contemporains (Cesac) de Caraglio, un bourg du Cunese, région des environs de Turin. Pour cet artiste, qui a désormais opté pour le commissariat d’exposition, “la France a développé un réseau intellectuel et artistique intense ces dernières années. Elle est au centre de l’Europe et Paris en devient la capitale. Il faut reconnaître que le territoire français est actuellement un des plus intéressants”. L’attraction actuelle exercée par Paris sur de nombreux artistes, le travail actif des galeries, mais surtout la politique de décentralisation culturelle de ces vingt dernières années avec le développement des Fonds régionaux d’art contemporain (Frac) et des écoles d’art en région apparaissent à Andrea Busto comme les principales causes du dynamisme français. À quelques exceptions comme Richard Baquié ou Hubert Duprat, ce sont donc des artistes apparus depuis les années 1990 qui ont été retenus. De “A” comme (Boris) “Achour” à “V” comme (Emmanuel) “Villard” en passant par Brice Dellsperger, Pierre Giner, Saverio Lucariello, Tatiana Trouvé...

Mais la liste ne saurait être exhaustive. “Ma volonté est d’offrir un point de vue à 360°. Mais, dans le même temps, l’exposition est une chose personnelle, elle implique des choix”, estime Andrea Busto.
Avec un budget de 100 000 euros (qui inclut la parution à venir d’un catalogue de 700 pages), la manifestation est divisée en quatre lieux. Outre le Cesac de Caraglio, dont l’architecture en cellules offre la possibilité d’accrochages personnels, et l’ancienne filature de Caraglio, la halle centrale de Savigliano et la serre néogothique du château de Racconigi – deux villages éloignés de quelques kilomètres –, ont été réquisitionnées.

Ponctué de quelques réalisations spécifiques, dont les peintures murales de Stéphane Calais, Cédric Teisseire et Jean-Luc Verna, le parcours se construit sur des rapprochements bienvenus. Logiquement, Carole Benzaken est en duo avec Philippe Cognée ; de façon plus sournoise, les Aquarelles de Philippe Meste font face aux travaux de Natacha Lesueur et, sous une thématique tournant autour de la structure et du “construit”, Absalon voisine avec Claire-Jeanne Jézéquel et Stéphane Couturier.

En bon commissaire, Andrea Busto a fait des choix contestables, accordé des coups de cœurs (la scène niçoise avec les anciens de la Villa Arson venus en nombre), octroyé une large place à la peinture abstraite (Remy Hysbergue, mais aussi Dominique Gauthier, qui bénéficie d’une exposition quasi monographique) et s’est autorisé des impasses sur les “incontournables” (absence remarquée du triumvirat Dominique Gonzalez-Foerster/Pierre Huyghe/Philippe Parreno). Cette liberté est sans doute permise par l’aspect individuel de l’initiative.

Loin des grands raouts institutionnels obligés (à l’inverse, on peut s’interroger sur l’absence de représentants du ministère de la Culture ou de l’Afaa lors du vernissage), “Voilà la France” permettra nombre de découvertes au public italien et donnera aux grincheux de quoi renouveler leur regard sur une jeune scène française encore plus riche quand elle est dans l’assiette du voisin.

- VOILÀ LA FRANCE, jusqu’au 17 novembre, Centro Sperimentale per le Arti contemporanee, Convento dei Cappuccini, Caraglio ; Il Filatoio, Caraglio ; L’Ala, Savigliano ; Le Serre Reali, Racconigi, tél. 39 017 66 18 260, vendredi et samedi 15-19h, dimanche 10h-13h, 15h-19h. Catalogue à paraître.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°156 du 11 octobre 2002, avec le titre suivant : Sous le signe de l’Hexagone

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