Simon Vouet, le plus italien des peintres français

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 22 janvier 2009

Le peintre de Louis XIII et maître de Le Brun fut un artiste prolifique. Simon Vouet a aussi été, au début de sa carrière, l’artiste le plus prisé du milieu romain, comme le démontre cette brillante exposition du musée des Beaux-Arts de Nantes.

Sur Simon Vouet (1590-1649), beaucoup a déjà été écrit et montré. Contemporain de Nicolas Poussin ou de Claude Vignon, ce fils d’un peintre de peu de talent est devenu l’un des artistes majeurs du règne de Louis XIII. Le sujet n’était donc pas vierge, quelques expositions ayant déjà abordé la carrière de l’artiste. La première d’entre elles, en 1990 au Grand Palais, à Paris, orchestrée par Jacques Thuillier, fit date. Elle n’avait ensuite été suivie que de présentations thématiques à Nantes et à Strasbourg. Mais aucune manifestation ne s’était penchée sur la seule période italienne de Vouet, de 1613 à 1627, considérée jusque-là comme une simple étape dans sa formation.

Rappelé par Louis XIII, il mène une carrière officielle
Le pari était aussi difficile à relever : dispersion des œuvres à travers le monde, nombreuses commandes décoratives difficiles à déplacer dans le cadre d’une exposition temporaire. Or le sujet est passionnant tant il correspond à une période très courte, mais extrêmement féconde pour le peintre.
Rentré en France en 1627 à la demande de Louis XIII qui le pensionnait à Rome depuis dix ans, Vouet s’est ensuite consacré à une carrière très officielle, à une production organisée autour d’un important atelier – d’où sont notamment sortis Eustache Le Sueur et Charles Le Brun –, s’évertuant à être le principal rival de Rubens (1577-1640). Cela jusqu’au retour de Poussin, en 1640, qui lui fera définitivement de l’ombre jusqu’à sa mort en 1649. À côté de cette production française, les années italiennes sont prolifiques, mais aussi révélatrices de la lente maturation de l’art et des ambitions de Vouet.
Arrivé à Rome à 23 ans, marié à une Romaine, Virginia da Vezzo, elle-même peintre de miniatures, Vouet y deviendra l’un des peintres les plus importants de cette première moitié du XVIIe siècle, laissant une place libérée par les Carrache et le Caravage. Premier peintre étranger à devenir prince de l’académie de Saint-Luc, une prestigieuse académie d’artistes, en 1624, Vouet a également reçu les honneurs des plus importants commanditaires, y compris du pape lui-même.
Certes, il n’était pas le seul peintre français à séjourner alors à Rome, la colonie comprenant notamment Vignon, Mellan et Mellin, mais son art a su dépasser la mode du ténébrisme inspiré du Caravage vers une palette plus lumineuse, annonçant ainsi la grande peinture baroque de la seconde moitié du siècle.
Un mouvement italien auquel Vouet n’a finalement pas participé. En 1627, il est rappelé à Paris par le roi Louis XIII. « L’histoire ne fonctionne pas avec des suppositions, écrit Dominique Jacquot, l’un des commissaires de cette exposition, dans le catalogue. Néanmoins, comment ne pas rêver au cours différent qu’aurait pris la peinture romaine sans le rappel de Vouet à Paris ? »

Biographie

1590
Naissance à Paris.

1613
S’installe à Rome.

1621
Séjour à Gênes durant lequel il visite églises et palais afin d’améliorer sa connaissance de la peinture italienne.

1623
Le pape Urbain VIII accorde à Vouet la faveur d’exécuter son portrait.

1624
Décoration de l’autel de la basilique Saint-Pierre de Rome. Il est élu « prince » de l’Académie.

1627
De retour à Paris, il devient premier peintre de Louis XIII.

1640
Introduit une forme du baroque italien en France.

1649
Meurt à Paris.

Autour de l’exposition

Informations pratiques. « Simon Vouet, les années italiennes », jusqu’au 23 février 2009. Tous les jours, sauf le mardi, de 10 h à 18 h, le jeudi jusqu’à 20 h. Tarifs : 6 et 3,60 e. www.simonvouet.nantes.fr
Gina Pane : le corps sacré. À partir du 6 février, une rétrospective de Gina Pane prendra place aux côtés de l’exposition consacrée à Simon Vouet. Malgré plus de 300 ans d’écart, la peinture religieuse classique trouve chez l’artiste italienne émigrée en France des échos significatifs. De ses « actions » qui mettent en scène le corps blessé à ses ultimes travaux inspirés par les saints martyrs, la religion sous-tend tout son travail. Cette rétrospective présente pour la première fois en France l’ensemble des travaux de Gina Pane. « Gina Pane, Situation idéale », du 6 février au 26 avril 2009, musée des Beaux-Arts de Nantes.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°610 du 1 février 2009, avec le titre suivant : Simon Vouet, le plus italien des peintres français

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