Samedi 28 novembre 2020

Redécouverte

Seghers, l’autre Anversois du XVIIe

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 23 mai 2011 - 668 mots

Contemporain de Rubens, le peintre flamand fait l’objet d’une première exposition à Valenciennes à l’occasion de la restauration d’un grand tableau.

VALENCIENNES - Une grande maison aux allures de palazzo située à proximité de celle de Rubens, sur l’artère principale d’Anvers. Un atelier ayant compté au moins sept élèves. De nombreuses commandes pour les églises ou les communautés religieuses. Gérard Seghers (1591-1651) a figuré sans conteste parmi les peintres anversois du XVIIe siècle les plus actifs. Mais, en dépit de son talent de coloriste, sa connaissance personnelle de l’art italien – attestée par un voyage à Rome mais également probablement en Espagne –, Gérard Seghers ne connaîtra jamais une notoriété similaire à celle de son illustre collègue, le grand Rubens. Son corpus, mâtiné d’influences diverses et qui passe par l’art du Caravage ou celui des peintres maniéristes, se révèle d’une qualité inégale. De fait, malgré la présence de plusieurs de ses tableaux dans les collections des grands musées européens et américains, sa place dans l’histoire de l’art n’a jamais été vraiment reconnue. Conçue à l’occasion de la restauration d’un grand tableau conservé durant de longues années dans les réserves du Musée des beaux-arts de Valenciennes (Nord), La Vierge à l’Enfant apparaissant à saint Eloi et saint Joseph, cette exposition s’attache donc à mettre en lumière ce peintre flamand un peu négligé par l’historiographie. Plus que d’une restauration, il faudrait d’ailleurs parler, au sujet de cette monumentale Vierge à l’Enfant, d’une résurrection, tant la toile provenant de l’église Saint-Géry de Valenciennes était ruinée. Endommagée par un incendie, elle avait été vendue au XIXe siècle par la fabrique de l’église à la Ville, qui l’avait déposée au musée. Mal restaurée à deux reprises – les cloques avaient notamment été arasées –, elle n’avait pas été exposée depuis les années 1930 et croupissait, roulée, dans les réserves du musée. Quatre années d’un patient travail mené par les équipes du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) ont permis de lui redonner son éclat, même si les bleus du drapé de la robe de la Vierge ont définitivement viré. « Si le musée venait d’acquérir quelque chef-d’œuvre inconnu, caché dans un grenier, la fascination ne serait pas plus grande », note Emmanuelle Delapierre, directrice du musée. 

Jésus entre ses parents
Une vingtaine de toiles ont été réunies par Anne Delvingt, auteure d’une thèse sur l’artiste, autour de ce grand tableau. Sans chercher à produire une importante monographie – même si celle-ci n’a encore jamais été organisée –, mais en se concentrant sur le meilleur de la carrière de Seghers : la peinture religieuse des années 1620. 
Si tout un ensemble de scènes de genre nocturnes, d’une teneur très caravagesque, a été exclu de l’accrochage, le Saint Pierre repentant d’Arras (Musée des beaux-arts), avec ses effets lumineux vigoureux, vient à lui seul témoigner de l’influence de Caravage sur son art. L’un des tableaux phares de cette période, une grande Résurrection datée de 1620, qui est aussi la première œuvre connue du peintre, n’a en revanche pas été prêté par le Musée du Louvre. 

Malgré cette lacune, l’exposition est l’occasion de révéler au public quelques œuvres méconnues ou inédites, telle cette Sainte Trinité (église Sainte-Waudru, Frameries, Belgique) qui est aussi le seul tableau du peintre à n’avoir fait l’objet d’aucune restauration. D’une iconographie peu courante mais liée à la Contre-Réforme, Seghers étant toujours resté proche des jésuites, il représente l’enfant Jésus marchant entre ses deux parents et illustre le brio de l’artiste dans le traitement des formats moyens. Ses grandes compositions monumentales, telle la grande Assomption de Calais (église Notre-Dame), seule œuvre datée et signée (1629), ou, plus encore, La Descente de croix de Liège (cathédrale Saint-Paul) témoignent quant à elles d’une servilité à l’égard de l’incontournable Rubens. 

GÉRARD SEGHERS. UN PEINTRE FLAMAND ENTRE MANIÉRISME ET CARAVAGISME
Jusqu’au 21 août, tlj sauf mardi 10h-18h, jeudi jusqu’à 20h, Musée des beaux-arts, bd Watteau, 59300 Valenciennes, tél. 03 27 22 57 20. Catalogue, éd. Illustria, Trouville-sur-Mer, 140 p., 23 euros, ISBN 978-2-35404-023-9.

Gérard Seghers

Commissariat général : Emmanuelle Delapierre, directrice du Musée des beaux-arts de Valenciennes

Commissariat scientifique : Anne Delvingt, docteure en histoire de l’art ; Virginie Frelin, assistante qualifiée de conservation

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°348 du 27 mai 2011, avec le titre suivant : Seghers, l’autre Anversois du XVIIe

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