Mardi 11 décembre 2018

Paris-3e

Schönberg, ou l’art de la dissonance

Musée d’art et d’histoire du judaïsme Jusqu’au 29 janvier 2017

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 18 octobre 2016 - 316 mots

Le 18 janvier 1911, Vassily Kandinsky, jeune peintre malgré ses 45 ans, écrit à Arnold Schönberg (1874-1951), musicien déjà confirmé : « Le destin spécifique, le cheminement autonome, la vie propre enfin des voix individuelles dans vos compositions sont justement ce que moi aussi je recherche sous une forme picturale. »

Le Russe devine en l’Autrichien, pionnier d’une musique atonale affranchie des conventions, un pair et un frère, un allumeur de mèche(s).Ce qu’ignore encore son prestigieux laudateur, et que présente le musée d’art et d’histoire du judaïsme, est que Schönberg achève à cette date une œuvre de peintre conduite avec assiduité depuis 1906. Cinq années de peinture durant lesquelles le musicien sonde diversement ses états d’âme – par un trait enlevé et par une couleur fiévreuse, par des expérimentations oscillant entre symbolisme et expressionnisme. Riche de splendides preuves à l’appui, la démonstration jouit d’une scénographie délicate et limpide, tout en bleu, blanc et gris, qui ne laisse aucune place au doute : Schönberg est assurément un immense artiste. Subtilement contextualisée à la faveur d’œuvres exceptionnelles d’Oskar Kokoschka, d’Egon Schiele ou de Richard Gerstl, sa peinture apparaît comme emblématique d’un air du temps, fait de chahuts chromatiques et de stridences linéaires. Mieux, elle apparaît même nécessaire, tant ces excursions plastiques permettent au joueur Schönberg – amoureux des échecs, des pirouettes et de tous les exercices combinatoires en général – de régénérer symétriquement sa musique. Il n’est qu’à regarder l’admirable dernière section, avec ses autoportraits comme autant de paysages mentaux, pour mesurer l’inventivité d’un artiste polyphonique, qui, invité par Kandinsky à participer à la première manifestation munichoise du Blaue Reiter en 1911, fut honni par le régime nazi avant de fuir pour les États-Unis, où il eut pour élève John Cage et devint l’ami de George Gershwin. Outre-Atlantique, il ne fut jamais plus question de couleur ou de ligne mais, encore et toujours, de dissonance et de rythme...

Arnold Schönberg. Peindre l’âme

Musée d’art et d’histoire du judaïsme, hôtel de Saint-Aignan, 71, rue du Temple, Paris-3e, www.mahj.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°695 du 1 novembre 2016, avec le titre suivant : Schönberg, ou l’art de la dissonance

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