Vendredi 14 décembre 2018

Metz (57)

Schlemmer entre dans la danse

Centre Pompidou-Metz jusqu’au 16 janvier 2017

Par Stéphanie Lemoine · L'ŒIL

Le 13 décembre 2016 - 315 mots

En embrassant la salle dédiée à « L’homme qui danse » au Centre Pompidou-Metz, l’œil est d’abord happé par la scène centrale.

Sur ce long ruban, se succèdent les costumes-sculptures créés dans les années 1910 et 1920 par Oskar Schlemmer pour le Ballet triadique. Leur réjouissante fantaisie, leurs formes géométriques et les contraintes qu’on les imagine imprimer au corps en mouvement, leur absolue modernité malgré d’évidents emprunts à l’univers du théâtre asiatique ou du ballet classique, disent déjà la puissance et l’originalité de l’œuvre-manifeste de l’artiste allemand, professeur au Bauhaus à partir de 1923 : une recherche de synthèse entre tous les arts, mais aussi entre formes, couleurs et espace, entre abstraction, pantomime, carnaval et traditions scéniques, entre burlesque et métaphysique, entre Apollon et Dionysos, entre corps et esprit… De part et d’autre de cette scène, une série de documents, pour la plupart issus de la Bühnen Archiv Oskar Schlemmer – Raman Schlemmer, petit-fils de l’artiste, assure d’ailleurs le commissariat de l’exposition avec Emma Lavigne –, déroulent la genèse et les divers développements de ce qui fut l’œuvre d’une vie, et soulignent plus largement l’apport d’Oskar Schlemmer à l’art scénique du XXe siècle. Documents préparatoires, sources d’inspiration (dont Chirico), indications de mise en scène, extraits filmiques, installations (notamment la reconstitution de la Danse des cerceaux), mais aussi masques et maquettes de décors, plongent le visiteur au cœur des théories élaborées par Schlemmer autour du corps dans l’espace. Cet abondant corpus donne aussi un aperçu des expérimentations chorégraphiques menées par l’artiste au sein du Bauhaus, et présente quelques-unes de ses collaborations et mises en scène – parmi lesquelles Le Rossignol de Stravinsky, dont il conçoit costumes et décors. L’ensemble, foisonnant, fascinant, permet de mesurer tout à la fois la capacité de Schlemmer à orchestrer cette synthèse des arts chère au Bauhaus, et souligne l’originalité d’une démarche qui annonce pêle-mêle Luncida Childs, Bob Wilson et Philippe Decouflé.

« Oskar Schlemmer. L’homme qui danse »

Centre Pompidou-Metz, 1, parvis des Droits-de-l’homme, Metz (57), www.centrepompidou-metz.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°697 du 1 janvier 2017, avec le titre suivant : Schlemmer entre dans la danse

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