Sam Francis parisien

Le Jeu de Paume évoque son séjour à Paris

Par Alain Cueff · Le Journal des Arts

Le 1 janvier 1996 - 511 mots

Sam Francis fut le plus parisien des peintres américains, à la fois par les amitiés qu’il y noua et par l’influence profonde que l’art français exerça sur lui. L’exposition présentée au Jeu de Paume n’en est que plus légitime.

PARIS - Disparu en 1994, Sam Francis avait témoigné d’un grand intérêt pour l’exposition qui se préparait alors, rétrospective intelligente de quelques années marquées par la fin de l’apprentissage et par l’affirmation d’un style reconnaissable entre tous.

S’il est d’abord ébranlé par la découverte de la peinture de Clyfford Still, Francis va trouver à l’université de Berkeley d’abord, et à Paris surtout, les raisons historiques de sa vocation singulière. Assistant peu assidu de l’atelier de Fernand Léger, c’est dans les œuvres de Monet puis de Matisse qu’il puise librement et souverainement son inspiration. Ainsi, les leçons croisées de l’Expressionnisme abstrait et de la tradition picturale du Vieux continent donnent un résultat qui n’a rien d’embarrassé ou de contraint.

Au contraire. Celui qui a appris à peindre couché sur le ventre dans une chambre d’hôpital militaire après un accident d’avion a, dans ces années cruciales, une juste idée de l’envol et de l’attraction terrestre. Dans le très long essai publié dans le catalogue, et qui excède largement la seule peinture de l’Américain, Pierre Schneider décrit par le menu les conséquences à la fois esthétiques et métaphysiques de l’expérience du ciel, vécue comme une grâce.

Du ciel jusqu’au blanc
Au fil du parcours chronologique, on voit s’affirmer pas à pas, mais avec un aplomb certain, une voie de plus en plus en plus lumineuse qui le conduira au blanc. Ce sont d’abord, en prologue, les œuvres des années 1947-1948, où s’avoue sans faiblesse le tribut dû à Rothko et Gottlieb, puis ces étranges peintures presque monochromes de 1951, qui sont moins des variations sur la couleur qu’une approche initiatique de l’espace libéré de toute contingence figurative. La couleur et la tache s’imposent dans les années suivantes avec d’autant plus de virulence et d’éclat. La liberté conquise est célébrée avec em­portement et jubilation, accrochant au passage quelques soleils ardents.

Même s’il écrivait, dès 1951 : "J’ai le sentiment que le blanc est pareil à l’espace qui sépare les choses. Ces peintures concernent la source d’énergie qui est au centre", on est sans aucun doute dans le vif du sujet avec le Basel Mural de 1956-58 (malheureusement mutilé lors d’un transport). Le blanc devient essentiel, gagne sur l’espace du tableau un territoire de plus en plus vaste, acquiert une autonomie qui semble inéluctable. Paradoxalement, c’est aussi le moment où le style s’assoit, où Sam Francis ne parvient pas toujours à éviter les effets rhétoriques et certaine grandiloquence, à laquelle les petites compositions bleues (à l’huile, à l’aquarelle ou à la gouache), qui ferment le parcours, renoncent opportunément.

SAM FRANCIS, LES ANNÉES PARISIENNES, 1950-1961, Galerie nationale du Jeu de Paume, jusqu’au 18 février. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 12 à 19h (de 10 à 19h le samedi et le dimanche). Nocturne le mardi jusqu’à 21h30. Catalogue publié par la RMN, 232 p., 290 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°21 du 1 janvier 1996, avec le titre suivant : Sam Francis parisien

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