Salviati, la pleine manière

Nouvelles recherches sur un maniériste

Le Journal des Arts

Le 24 avril 1998

Dessinateur, peintre, fresquiste, illustrateur d’ouvrages, mais aussi créateur de tapisseries, d’objets d’art, de mosaïques… Francesco Salviati (1510-1563) était un artiste complet, comme nombre de ses contemporains. Seule la sculpture ne l’aurait pas attiré. Considéré à son époque comme l’un des représentants les plus brillants du Maniérisme italien, il est aujourd’hui méconnu du public. L’exposition de 140 œuvres au Louvre, dont certaines ont été attribuées récemment, répare cet oubli.

PARIS - “En toutes choses, Francesco a toujours été d’un grand discernement, varié et riche d’invention. De plus, il possédait la science du dessin et il avait une manière plus belle que tout autre artiste alors à Flo­rence. Il maniait les couleurs avec beaucoup de savoir-faire et de grâce.” Vasari rendait ainsi hommage, dans la seconde édition des Vies (1568), à son ami Fran­cesco de’Rossi, devenu Salviati après être entré au service d’un cardinal du même nom. Malgré les éloges d’une bonne partie de la critique contemporaine, celui qui s’était formé dans l’atelier d’Andrea del Sarto est tombé dans un relatif oubli. L’exposition du Louvre, qui a été déjà en grande partie présentée à Rome, à la Villa Médicis, est l’aboutissement de plusieurs années de recherches, menées notamment par Catherine Monbeig Goguel, son commissaire, pour éclaircir un imbroglio d’attributions et de datations. Celle-ci a réattribué plusieurs œuvres, comme récemment une Allégorie avec trois hommes (École nationale supérieure des beaux-arts), donnée autrefois à Giulio Romano.

L’exposition s’ouvre par une évocation des artistes – Michel-Ange, Pontormo, Andrea del Sarto… – qui ont influencé Salviati et dont il copiait les œuvres. “Ce ne sont pas des copies au sens strict, nuance Catherine Monbeig Goguel. Salviati réinvente, recrée une composition”. Puis le parcours conduit le visiteur vers les commandes religieuses monumentales, réalisées à Rome essentiellement. Si l’artiste a voulu dominer le grand format avec des fresques et des cartons de tapisseries, il a peint en revanche peu de grands ta­bleaux religieux : L’in­crédulité de saint Thomas, au Louvre, en est un des rares.

D’autres sections analysent sa production autour de thèmes mythologiques et allégoriques, présentent des objets d’art, cristaux de roche et émaux particulièrement. Le rapprochement d’une dizaine de portraits venus des États-Unis et de différents pays d’Europe rappelle que l’artiste a été très recherché comme portraitiste, et qu’il avait réussi à développer une formule du portrait emblématique. Enfin, une section souligne à quel point Salviati a participé à la diffusion de l’image imprimée du livre. Pour compléter cette “renaissance”, un colloque sur le dessin italien au temps de Francesco Salviati aura lieu, à Paris, du 14 au 16 mai à l’Institut culturel italien.

FRANCESCO SALVIATI OU LA BELLA MANIERA, 30 avril-29 juin, Musée du Louvre, place du Carrousel, Paris, tél. 01 40 20 50 50, tlj sauf mardi 9h-18h, lundi et mercredi jusqu’à 21h45. Catalogue sous la direction de Catherine Monbeig Goguel, RMN/Electa, 388 p., 350 F. Exposition organisée en association avec la société Syseca.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°59 du 24 avril 1998, avec le titre suivant : Salviati, la pleine manière

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