Musée

1820-2020

À Saint-Étienne, le passé armurier dans le viseur

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 20 novembre 2020 - 441 mots

SAINT-ETIENNE

En collaboration avec le fabricant d’armes stéphanois Verney-Carron, le Musée d’art et d’industrie met en lumière l’histoire industrielle de la ville, mais escamote les débats suscités dans la société par la question de l’armement.

Fusil de chasse à silex, fabrication luxueuse réalisée par des armuriers stéphanois pour le compte de Vasselon Cadet à Marseille, vers 1770. © MAI Saint-Étienne
Fusil de chasse à silex, fabrication luxueuse réalisée par des armuriers stéphanois pour le compte de Vasselon Cadet à Marseille, vers 1770.
© MAI Saint-Étienne

Saint-Étienne (Loire). Les hommes derrière – et devant – les armes : tel est, plus qu’un propos technique, le parti pris du Musée d’art et d’industrie pour l’exposition « Armes pour cible ». Ancien centre d’étude pour les armuriers stéphanois, le musée ouvert en 1889 est au cœur de cette industrie locale, avec sa collection d’armes, la seconde en France après celle du Musée de l’armée. Elle est augmentée pour quelques mois de ce parcours temporaire qui remet en perspective cette économie locale dans l’histoire nationale et internationale.

Renommée « Armeville » lors de la Révolution, la ville de Saint-Étienne est un centre de production d’armes depuis le XVIIIe siècle. Le rythme de cette industrie fluctue au gré des décrets qui frappent le droit de production d’armes de guerre, comme de ceux qui régulent le droit de chasse, uniquement accordé aux propriétaires terriens jusqu’en 1960. Le dynamisme de l’industrie de l’armement est ainsi lié à la démocratisation de la chasse : le nombre de chasseurs grossissant au cours du XIXe siècle, puis la loi de 1964 ouvrant le droit de chasse à tous, fournissent des débouchés commerciaux aux artisans comme le Stéphanois Verney-Carron.

La guerre et le colonialisme enrichissent également les artisans : l’exposition, sous-titrée « entre fascination et répulsion », n’élude pas ce pan de l’histoire. On apprend ainsi que, outre la production d’armes de chasse et de guerre, l’industrie stéphanoise vivait de celle des armes de traite, version grossière de l’arme de chasse destinée à la traite négrière. Les productions stéphanoises se retrouvent aussi lors des grandes chasses coloniales, symboles de la domination de l’homme occidental sur des terres récemment accaparées.

Le parcours oscille entre la mise en valeur d’un artisanat exceptionnel (encore enseigné à Saint-Étienne, dans le dernier brevet des métiers d’art « armurerie de France ») et les représentations populaires qui ont nourri l’imaginaire de l’arme depuis le XVIIIe siècle. Les dynamiques concurrentielles entre l’industrie, représentée par la Manufacture d’armes de Saint-Étienne, et les artisans indépendants constituent le fil rouge de l’exposition.

Co-organisée par l’armurier Verney-Carron, l’exposition ne parvient pas à conserver la distance critique nécessaire au traitement de son sujet jusqu’à ses dernières salles, qui abordent l’histoire la plus récente, et sont peu disertes sur l’utilisation du Famas (fusil d’assaut de la Manufacture d’armes de Saint-Étienne), comme du Flash-Ball (prédécesseur du LBD40 suisse, le lanceur de balles utilisé par la gendarmerie française). Les débats qui les entourent sont pourtant d’actualité, de la même façon que les savoir-faire des armuriers stéphanois.

Armes pour cible, 1820-2020, entre fascination et répulsion,
jusqu’au 3 janvier 2021, Musée d’art et d’industrie, 2, place Louis-Comte, 42026 Saint-Étienne.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°555 du 13 novembre 2020, avec le titre suivant : À Saint-Étienne, le passé armurier dans le viseur

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