Montréal (Canada)

Ryan Gander déploie son rébus

Musée d’art contemporain jusqu’au 22 mai 2016

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 23 mars 2016

« Faire chaque exposition comme si c’était la dernière », telle est la maxime sibylline qui baptise l’exposition monographique du Britannique Ryan Gander déjà passée entre les murs du Plateau-Frac Île-de-France à Paris en 2013 et qui pose ses valises à Montréal.

L’artiste déplie ici son univers conceptuel déboulonné avec humour. Il ne faut ainsi pas se laisser impressionner par des atours parfois rétifs et s’adonner aux énigmes que Gander aime tisser. Ses propositions demandent au visiteur de s’investir, de jouer le jeu, d’interroger sa perception, sa compréhension des choses. En point d’orgue, cette rencontre entre des monuments de marbre qui semblent s’inscrire de prime abord dans l’histoire de l’art du pli. Mais Ryan Gander s’est servi des prosaïques « cabanes » de sa fille, constructions éphémères et odes à l’imagination, protections précaires et mémoriaux à une enfance révolue, I Is… (2013) agissent comme des guides pour ne pas se laisser prendre par les apparences. Ces sculptures monolithes pesantes matérialisant le fugace regardent un mur monumental, couvert de disques de verre maculés de peinture : un ensemble bigarré, abstrait, un titre C , comme un rébus. Chacun des objets renvoie à un portrait que Ryan Gander a réalisé de mémoire. Les peintures ont depuis longtemps disparu, seules sont restées ces étranges palettes, tournant en dérision l’imagerie classique de l’atelier du peintre et de ses outils exposés tels des trophées. Ici, les rencontres sont induites, la dimension lacunaire et labile de la mémoire, fixée dans le verre trempé. Gander aime décidément les ambivalences. Il aime alterner chaud et froid entre des œuvres au rigorisme minimal et ce gag, Magnus Opus (2013), soit une paire d’yeux coiffés de gros sourcils. Fixés au milieu d’un mur imposant dans une salle dépouillée, il s’animent et suivent du regard les intrus-visiteurs, passant par toutes les gammes d’expressions. Tel est pris qui croyait prendre.

Ryan Gander, « Make Every Show Like It’s Your Last »

Musée d’art contemporain, 185, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal (Canada), www.macm.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°689 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : Ryan Gander déploie son rébus

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