Vendredi 22 février 2019

Rops entre amis

Namur entre peinture, photographie et poésie

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1996 - 496 mots

NAMUR (de notre correspondant). L’amitié entre Félicien Rops et le poète et graveur aujourd’hui méconnu qu’était Théo Hannon jette une lumière particulière sur les années de jeunesse de Félicien.

Hannon adhère en 1871 à la Société des aquafortistes fondée par Rops deux ans plus tôt. Les deux hommes se lieront et échangeront une importante correspondance qui vient d’être publiée. Celle-ci mérite qu’on s’y arrête. Rops n’y parle pas que de gravure, mais brosse pour son ami un tableau de la vie culturelle et intellectuelle de son temps. L’amitié qui les lie prend tous les visages du quotidien. Rops s’inquiète de la femme du poète, s’enquiert des travaux de botanique de sa mère et, surtout, fustige ce bon Hannon qui se complaît en province et dans cette "pauvre Belgique" au lieu de rallier Paris où lui-même jouit désormais d’une certaine renommée.

Labeurs et distractions
Rops est sans conteste un des grands épistoliers du XIXe siècle, et son style vaut à lui seul la lecture. Mais l’exposition offre un complément intéressant à l’ouvrage. Les gravures et peintures de Hannon, les cartes postales, les documents d’archives, les photographies et les œuvres "à quatre mains" – L’Éven­tail – donnent à leur amitié une présence palpable. Hannon se voulait peintre, il restera comme l’auteur de ces "chatoyantes" Rimes de joie (1881) qui traduisent en vers toutes les luxures modernes chères à Rops. L’ami graveur offrira quatre eaux-fortes pour ce recueil, que Huysmans préfacera.

La complicité entre Rops et Hannon transporte les compères de Bruxelles ou Namur sur les bords de la Meuse, dans la colonie d’Anseremme où l’on peint et où l’on s’amuse. L’exposition "Les couleurs de l’ombre" ravive celles des paysages mosans à travers les photographies d’Armand Dandoy, autre ami de Rops, qui collaborera pour sa part à l’aventure de l’Uylen­spiegel, Journal des ébats artistiques et littéraires créé par Rops en 1858. Les photographies, commandées par les pouvoirs publics de l’époque, accompagnent la pein­ture – celle de Rops, mais aussi celle de Dandoy et de la plupart des paysagistes belge des années 1860-1880 – en offrant des comparaisons intéressantes entre le site, tel qu’en lui-même, et les représentations qu’en livrent les peintres. À travers ces photographies, une époque s’anime, témoignant de la vie quotidienne avec ses labeurs et ses distractions qu’ont décrits des amis écrivains comme Jean d’Ardenne dans ses Notes d’un vagabond. Une invitation à remonter le cours du temps et, peut-être, celui de la Meuse.

D’ART, DE RIMES ET DE JOIE. LETTRES À UN AMI ÉCLECTIQUE. CORRESPONDANCE DE FÉLICIEN ROPS À THÉODORE HANNON, jusqu’au 24 novembre, Musée Rops, 12 rue Fumal, tlj sauf lundi 10h-18h (10h-17h en novembre). Entrée : 100 et 50 FB. Rens. au 081-22 01 10.
LES COULEURS DE L’OMBRE. PAYSAGES ET MONUMENTS DE LA PROVINCE DE NAMUR DANS L’ŒUVRE PHOTOGRAPHIQUE D’ARMAND DANDOY (1834-1898), jusqu’au 13 octobre, Maison de la culture (Espace Meuse), tlj 12h-18h, entrée libre. Catalogue en 2 volumes (texte et photos), 238 et 287 p., 950 FB. Rens. au 081-22 90 14.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°29 du 1 octobre 1996, avec le titre suivant : Rops entre amis

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