Rodin à la recherche de ses fils naturels

Le Journal des Arts

Le 9 mai 1998 - 392 mots

Le Musée royal de Mariemont présente une exposition montée par le musée de Marl, en Allemagne, qui met en perspective l’œuvre de Rodin afin de voir si l’un des plus grands sculpteurs du XIXe siècle a bien été compris au XXe.

MORLANWELZ - Quelques mois après la fermeture de la rétrospective Rodin qui s’était tenue Charleroi dans le cadre de “Paris-Bruxelles”, le Musée royal de Mariemont présente une exposition qui s’organise autour de son exemplaire des Bourgeois de Calais, acheté à l’époque par Raoul Warocqué. Bien mise en scène, intelligente et légère, elle s’impose comme un essai réussi puisqu’elle démontre que l’événement n’est pas tributaire des seules entreprises commercialement balisées. Ici, les organisateurs ont voulu montrer, en amont et en aval, quelle était – et surtout quelle est – la place du sculpteur dans le panorama de l’histoire de l’art moderne et contemporain. La maturation de son œuvre permet une habile remise en contexte, servie par des pièces peu nombreuses mais de bonne qualité, quand il ne s’agit pas de tirages les plus rares. Barye, Carpeaux, Medardo Rosso, Daumier ou Meunier créent un réel dialogue avec Rodin, qu’ils ont influencé ou par rapport auquel ils ont eu à se situer. La comparaison avec Meunier apparaît plus riche que dans le cadre un peu solennel de “Paris-Bruxelles”. La révélation du corps, dans sa nudité morale et psychologique, montre la différence qui justifie le statut de Rodin.

Un des principaux intérêts de la manifestation réside dans cette mise en perspective, qui révèle le caractère prémonitoire de certaines recherches du père de L’Âge d’airain. L’intensité expressive touche non seulement les sujets avec son lot de scandales, au nombre desquels Les Bourgeois de Calais occupent une place de choix. Elle affecte le travail jusque dans le contact à la matière. Degas, Matisse, Germaine Richier, Giacometti, Zadkine, Alfred Hrdlicka, Per Kirkeby ou Dodeigne témoignent d’une sensibilité qui, si elle ne relève pas de l’identique, mérite la comparaison. Si les formes ont évolué, l’esprit semble ne pas avoir nécessairement changé, et l’œuvre de Rodin s’impose comme une ouverture au cœur de l’art du XXe siècle. Une figure digne de celle du Commandeur s’esquisse au terme de ce parcours.

LES BOURGEOIS DE CALAIS. POSTÉRITÉ ET FILIATION, jusqu’au 21 juin , Musée royal de Mariemont, chaussée de Mariemont 100, Morlanwelz, tél. 32 64 21 21 93, tlj sauf lundi 10h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°60 du 9 mai 1998, avec le titre suivant : Rodin à la recherche de ses fils naturels

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