Caen

Rivage et ouverture

Désir de séduction

Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1994

Magnifiquement situé dans l’enceinte du château de Guillaume le Conquérant depuis une trentaine d’années, le Musée des beaux-arts de Caen, fermé depuis dix-huit mois pour rénovation, a rouvert ses portes au moment des célébrations anniversaires du Débarquement. Il offre au public, outre de nouveaux espaces de présentation, un cabinet des estampes et objets d’art, une salle de conférence, une bibliothèque publique d’histoire de l’art, une librairie, un restaurant... et bien sûr une surface d’exposition temporaire, aujourd’hui occupée par une manifestation au titre évocateur de liberté, \"Désir de rivage\".

CAEN - Fruit d’une collaboration réussie entre un conservateur, Alain Tapié, et un architecte, Philippe Dubois, le bâtiment devient l’écrin rêvé d’une fort belle collection. Rénovée, agrandie, cette construction des années 1970 se fait discrète et sobre, s’intégrant parfaitement dans le site médiéval. à l’intérieur, les murs lisses, d’un blanc neutre, cèdent le pas aux tableaux, exposés sur deux niveaux. Un éclairage zénithal vient caresser les grandes œuvres de la Renaissance italienne (ah ! le Sposalizio du Pérugin) et des XVIIe et XVIIIe siècles européens, tandis que les formats plus modestes du Siècle d’or hollandais s’accommodent mieux d’un accrochage dans de petits cabinets, dont les fenêtres à petits carreaux aux jointures d’étain semblent tout droit sortir des toiles de Pieter de Hooch ou de Johannes Vermeer. Néanmoins, certains d’entre eux sont "illisibles" à cause des reflets de l’éclairage naturel.

En revanche, un puits de lumière rayonne sans excès au sous-sol, lieu dévolu à l’art moderne et contemporain. Centrée, mais fluide, la structure permet une circulation et une découverte presque ludique des trois volumes – salles, galeries, cabinets – dont la clarté mouvante et la belle élévation engendrent le recueillement.

Le lieu réservé aux expositions temporaires participe pleinement du même concept que le reste du musée. Il reçoit aujourd’hui les toiles des artistes qui ont aimé le littoral normand. On y progresse de port en grève, suivant la côte de Granville à Dieppe, sans que jamais ce parcours n’engendre la monotonie, tant la perception des éléments change d’un caractère à l’autre. Rivages déserts ou peuplés, laborieux pour Vallotton (Laveuses à Étretat) ou mondains pour Dufy et Boudin (Trouville, sur la plage), nature déchaînée chez Courbet (Trombe à Étretat), inquiétante chez Millet (Le rocher du Catel), la mer agit ainsi comme un révélateur, ou plutôt un miroir, qui renvoie sa propre image au peintre sur la toile, modifiant parfois même sa technique. On y découvre aussi quelques noms moins connus mais non moins attachants, tel l’étonnant Guillemet, le "peintre du varech" (Falaises du Puy). "Paysages vrais, paysages rêvés, paysages mythiques, ils nous invitent ainsi à revisiter ces lieux de mémoire, aujourd’hui préservés."

"Désir de rivage. De Granville à Dieppe, le littoral normand vu par les peintres de 1820 à 1845", Caen, Musée des beaux-arts, 2 juin-31 août 1994 ; commissaire de l’exposition : Alain Tapié. Catalogue, 211 p., coédition Musée des beaux-arts de Caen / Réunion des musées nationaux, 260 F. Curieusement les tableaux exposés ne figurent pas tous au catalogue, et les œuvres reproduites ne figurent pas toutes à l’exposition !

Musée des beaux-arts de Caen, Le Château, prix d’entrée : 25 F ; guide des collections, coédition Fondation Paribas / Ville de Caen / Réunion des musées nationaux, 128 p., 120 F. Inventaires des collections publiques françaises. Caen, Musée des beaux-arts. Peintures des écoles étrangères, par Françoise Debaisieux, coédition Musée de Caen / Réunion des musées nationaux, 448 p., 350 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°5 du 1 juillet 1994, avec le titre suivant : Rivage et ouverture

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