Mardi 18 décembre 2018

Revue de détail

L'ŒIL

Le 1 septembre 2004 - 373 mots

Six créateurs de Grande-Bretagne et des Pays-Bas apportent à la fondation Bernardaud leurs visions contrastées de l’humain et de la nature, avec un point commun : le souci de l’expression du détail. L’exposition met en regard une sélection de jeunes artistes avec un ensemble de pièces françaises du XIXe siècle créées par des suiveurs de Bernard Palissy, génie créateur de la Renaissance obsédé par une représentation aussi scrupuleuse que fantasmée du monde végétal et animal. Les six invités retrouvent le sens de la profusion et le caractère obsessionnel des réalisations palissystes, mais ils préfèrent s’investir dans l’intimité des fantasmes humains. Barbara Röling est inspirée par l’image de la corne d’abondance et se réfère à la riche tradition flamande des centres de tables et des cabinets de curiosités hollandais, avec des fantaisies aux couleurs de l’art indien. Carolein Smit développe des dispositions exceptionnelles pour la sculpture avec des sujets animaliers aux postures étranges, tout en vulnérabilité et souffrances humaines. Elle conçoit également une galerie de « bébés » aux comportements violents ou désabusés, tour à tour anges ou rois, dont certains aux dimensions hors normes impressionnent par leur virtuosité technique. Le délire « rocaille » d’Hanneke Giezen se compose de pièces de formes folles où sinuosité et ornementation règnent en maître, entre beauté et indécence. Du côté des Anglais, Lubna Chowdhary, d’origine indienne, présente une installation-paysage de plus de huit cents pièces miniatures, augmentée patiemment depuis plusieurs années à l’échelle intime du jouet, exprimant par son dispositif aléatoire le devenir incertain de la ville. Depuis le début des années 1970, Carol Mc Nicoll maintient une attitude provocante et rebelle vis-vis de la tradition céramique de son pays : elle est aujourd’hui une artiste très considérée, grâce à ses objets excentriques privilégiant le moulage et les transferts sérigraphiques kitsch. Daniel Allen, le plus jeune des invités, conçoit de grands personnages recouverts d’un décor sérigraphié. Avec ironie et sens du spectacle, cette exposition ose aborder sans complexe les limites confuses entre bon et mauvais goût et présente des objets-trophées chargés d’une symbolique du merveilleux et de l’imaginaire.

« L’obsession du détail, six artistes internationaux en céramique contemporaine », LIMOGES (87), fondation d’entreprise Bernardaud, 27 avenue Albert Thomas, tél. 05 55 10 55 55, www.bernardaud.fr, jusqu’au 30 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°561 du 1 septembre 2004, avec le titre suivant : Revue de détail

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