Vendredi 16 novembre 2018

Review

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 février 2003 - 371 mots

Tous les ans, la fondation et le musée de la firme Migros, installés dans le quartier des galeries d’art contemporain à Zürich, organisent un concours ouvert aux artistes conscients des chevauchements incessants qui s’opèrent entre la vidéo, le cinéma et le multimédia. Les lauréats de l’année 2001, qui viennent d’achever leur réflexion sur l’image en mouvement et sa présentation, sont au nombre de neuf. Pour la plupart peu connus du grand public, ils présentent tous des installations conséquentes et épargnent le traditionnel visionnage sur moniteur au spectateur.
Le couple Helbling/Marusic compte réactiver les 21, 22 et 23 février prochains leur Balkan TV, studio de télévision précaire, véritable lieu d’échange et de discussion où l’image d’actualité se heurte aux visions subjectives des deux artistes. Les autres jours, ils diffuseront leurs « programmes », voyages croisés entre la Suisse et l’ex-Yougoslavie. L’équipe Keller et Wittwer s’est, quant à elle, plongée dans le mystère du meurtre non élucidé d’une femme durant les années 1950 dans un paisible village suisse. Sans prétendre apporter un dénouement à un crime qui suscita de nombreuses interrogations ou simplement le documenter, les deux artistes se sont intéressés au fragile moment où le fait divers bascule de la réalité vers la fiction. Alimentés par les récits contradictoires des comptes-rendus de l’époque et la mémoire des « survivants », ce thriller intitulé Silent Shadow décortique dans une mise en scène originale, la construction d’un mythe. Peter Volkart consacre un hommage à l’écrivain Raymond Roussel dans Terra Incognita tandis qu’Ingrid Wildi part à la recherche de sa mère disparue au Chili. Elle nous entraîne dans un retour au pays personnel et, d’une façon plus générale, nous incite à jeter un regard sur la situation actuelle du pays. Cette quête d’une vérité sobrement mêlée de fiction semble être au cœur des travaux de tous ces artistes, comme en témoigne l’étrange échange de secrets qu’Élodie Pong instaure avec son film et sa cabine téléphonique indiscrète. Même si l’attente de la révélation et le jeu trouble de la mémoire président à ces installations et ces films, l’interrogation de l’image fournit une matière si dense que ses lectures en sont résolument multiples.

ZÜRICH, Migros Museum für Gegenwartskunst, Limmatstrasse 270, tél. 1 277 2050, jusqu’au 9 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°544 du 1 février 2003, avec le titre suivant : Review

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