Lundi 17 décembre 2018

Paris-4e

René Magritte, sorcier raisonné

Musée national d’art moderne jusqu’au 23 janvier 2017

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 21 novembre 2016 - 314 mots

« Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ! » : issue des Chants de Maldoror (1869), la phrase du comte de Lautréamont pourrait constituer le sous-titre de la grande exposition Magritte hébergée cet automne par le Centre Pompidou.

Elle permet de dire tout à la fois la précision chirurgicale du Belge, servie par une peinture en apparence ripolinée, et son sens souverain de la coïncidence hasardeuse. Ample, l’exposition n’est pas une rétrospective : elle n’est traversée par aucun fantasme d’exhaustivité ou de vision panoptique, et ce malgré une centaine de tableaux, de dessins et de documents d’archives qui, tous, permettent d’associer l’incontournable et le confidentiel. Son commissaire, Didier Ottinger, entend explorer une œuvre éminemment raisonnée, voire rationnelle, qui érige son auteur en rêveur mathématique, en joueur logique, en sorcier de l’implacable. Le parcours se déploie de manière cristalline, presque clinique. Après une section liminaire sacrant un Magritte philosophe, et rappelant les affinités qui lient le peintre à des penseurs contemporains, tels Michel Foucault et Maurice Merleau-Ponty, un vaste couloir gris taupe distribue quatre salles diaphanes s’ouvrant par un tableau ancien – une Nature morte de Zurbarán est, ainsi, le prélude à la dernière section, intitulée « Rideaux et trompe-l’œil », peuplée de splendides variations illusionnistes. « Les mots et les images »,  « L’invention de la peinture », « Allégorie de la caverne » : articulées autour de notions cruciales de la tradition occidentale, les trois premières salles déclinent, avec une certaine monotonie processionnelle, des toiles qui, merveilleuses (Le Mal de mer, de 1948, et Variante de la tristesse, de 1957), eussent gagné à être confrontées à des œuvres signées Ensor, Tanguy ou De Chirico. Refusant l’exogène, le parcours semble quelque peu asphyxié et rend le catalogue, avec ses diagonales vers l’ailleurs, absolument nécessaire pour pénétrer la vive intelligence de cette exposition d’envergure.

« Magritte. La trahison des images »

MNAM, place Georges-Pompidou, Paris-4e, www.centrepompidou.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°696 du 1 décembre 2016, avec le titre suivant : René Magritte, sorcier raisonné

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