Mercredi 21 février 2018

Collection du Musée d’Orsay

Renaissance espagnole

La Fondation Mapfre, à Madrid, interroge l’hispanité des artistes français de la fin du XIXe siècle

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 2 février 2010

MADRID - Avant d’aller découvrir « Impressionnisme : une nouvelle Renaissance » à la Fondation Mapfre (1) à Madrid, une visite au Musée du Prado voisin s’impose ; et plus précisément dans les salles consacrées à Diego Vélasquez. Édouard Manet étant l’artiste clé de cette réflexion menée par Stéphane Guégan et Alice Thomine, une plongée dans l’art baroque espagnol rafraîchit la mémoire.

D’autant que l’une des premières sections du parcours rappelle cette mode parisienne que fut l’hispanisme dès les années 1830. On reconnaît la vue frontale et le vide présent derrière la figure du Fifre du peintre français dans le portrait en pied de l’acteur Pablo de Valladolid par Vélasquez.

On identifie aussi les racines de Juan Prim, 8 octobre 1868 d’Henri Regnault dans les différents portraits équestres du maître espagnol. Car c’est là l’originalité de cette présentation élaborée à partir des collections du Musée d’Orsay (1) : à force de départager avant-garde et arrière-garde, l’observation de la production artistique des années 1870 dans sa globalité a été négligée.

Ici, les salonnards côtoient en toute liberté les effrontés du quartier parisien des Batignolles (Monet, Bazille, Renoir…), tandis que l’intelligence du parcours est de situer tous ces acteurs dans leur contexte (historique, politique, social…) et d’identifier « l’extrême perméabilité » de la création à cette époque. Tout en saluant l’individualité de chacun de ces peintres habituellement trop rapidement regroupés sous la même bannière impressionniste – Degas a ainsi droit à sa propre section.

On regrettera toutefois l’étroitesse de certaines salles des nouveaux locaux de la Fondation Mapfre, dont les murs aux couleurs pastel siéent à merveille aux paysages impressionnistes, mais desservent les grands formats de Salon devant lesquels le visiteur peine à prendre du recul.

Il serait cependant injuste de ne pas saluer la Fondation, dont l’action en Espagne et en Amérique latine est exemplaire : l’institution ne se contente pas de proposer des expositions gratuites aux Madrilènes depuis plus de vingt ans (le projet d’Orsay est la première grande exposition sur l’impressionnisme en Espagne !).

Elle fournit un travail de recherche titanesque sur l’art espagnol, publie des livres, organise des festivals de littérature et de cinéma à travers le monde et étoffe sa collection de dessins et de photographies de grande qualité, ce grâce à un budget annuel d’acquisition d’un million d’euros.

De manière exceptionnelle, la Fondation a payé pour obtenir la venue de ces chefs-d’œuvre et financer ainsi la transformation du Musée d’Orsay. Espérons que cette exposition sera source d’inspiration pour le nouvel accrochage du musée parisien.

(1) Mapfre est une compagnie d’assurances espagnole.

IMPRESSIONNISME

Commissariat scientifique : Stéphane Guégan et Alice Thomine, conservateurs au Musée d’Orsay

Œuvres : 90 tableaux et une sculpture provenant des collections du musée parisien

IMPRESSIONNISME : UNE NOUVELLE RENAISSANCE, jusqu’au 22 avril, Fondation Mapfre, 23, Paseo de Recoletos, Madrid, tél. 34 91 581 6100, www.exposicionesmapfrearte.com, tlj 10h-20h, 14h-20h le lundi, 12h-20h dimanche et jours fériés. Catalogue, coéd. Fondation Mapfre/Musée d’Orsay, 440 p., 48 euros, ISBN 9-788498-442038.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°318 du 5 février 2010, avec le titre suivant : Renaissance espagnole

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