Espace fondation EDF, Jusqu’au 20 février 2011

REHAB, vive la récup’

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 15 novembre 2010 - 404 mots

Quand, en 1912, il intègra un morceau de toile cirée et un bout de corde dans l’une de ses peintures, Picasso n’imaginait pas à quelle fortune critique il vouait les objets de rebut.

Le XXe siècle s’en est d’autant plus repu que l’essor de la société de consommation l’y a encouragé. Alors que le Centre Pompidou célèbre Arman, passé maître dans l’art de la récup’, l’exposition « REHAB, l’art de re-faire », que Bénédicte Ramade, collaboratrice de L’œil, a organisée à l’Espace fondation EDF, nous invite à découvrir le potentiel artistique de nos déchets. Entre démarche écologiquement engagée et acte purement esthétique, les œuvres qu’elle a rassemblées composent comme un décapant florilège sur la question.

Si « REHAB » – entendez « réhabilitation » – a le mérite de nous faire découvrir les travaux de nombreux jeunes artistes, elle les associe à ceux de quelques aînés de sorte à bien souligner qu’une telle préoccupation procède d’un effet d’époque et non de mode. Elle convoque ainsi un artiste de référence comme Gordon Matta-Clark, en évoque un autre comme Robert Smithson à travers l’hommage que lui rend Steve Lyons et révèle l’œuvre pionnière de Mierle Laderman Ukeles, une Américaine de 70 ans qui s’est totalement immergée dans l’univers des éboueurs new-yorkais pour en tirer tout un lot de photos et de vidéos passionnantes.

De même qu’elle mêle les générations, « REHAB » regroupe des artistes d’horizons les plus divers et rassemble les propositions les plus inventives. Douglas White (GB) dresse ainsi un monumental palmier en caoutchouc fait de pneus usagés, Marjan Teeuwen (NL) sature l’espace à grand renfort de bouquins, Gitte Schäfer (D) crée des sculptures quasi kitsch en empilant tout ce qui lui tombe sous la main, Lucie Chaumont (F) recouvre le sol de centaines d’emballages immaculés ou bien encore Christian Gonzenbach (CH) épingle au mur la peau écorchée de nos appareils domestiques. 

On connaît la célèbre formule de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », REHAB en apporte comme une nouvelle ratification. Les empilements lumineux de Peillas, les concrétions d’objets plastiques de Tue Greenfort, les collages de pages déchirées de Pauline Bastard et les cartons creusés d’Eva Jospin sont autant de propositions qui conduisent à la révélation d’un monde autre, un monde tant à réfléchir qu’à rêver.

Voir

« REHAB, l’art de re-faire », Espace fondation EDF, 6, rue Récamier, Paris VIIe, http://fondation.edf.com, jusqu’au 20 février 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°630 du 1 décembre 2010, avec le titre suivant : REHAB, vive la récup’

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