Regards sur l’Egypte romaine

Les portraits du Fayoum, synthèses de trois cultures

Le Journal des Arts

Le 23 octobre 1998

Longtemps éclipsée par la prestigieuse période pharaonique, l’Égypte romaine revient sur le devant de la scène. Après le Musée d’archéologie méditerranéenne de Marseille et le British Museum, le Louvre accueille à son tour une série de portraits et d’objets funéraires de l’Égypte des premiers siècles de notre ère. Cette exposition pédagogique et de taille humaine replace les célèbres tableaux du Fayoum dans leur contexte, aux côtés des productions de nombreux autres sites, illustrant la diversité des pratiques mortuaires et artistiques d’une culture à mi-chemin entre trois civilisations.

PARIS - Un cercueil en bois peint, véritable portrait en pied de la défunte, accueille le visiteur à l’entrée. “Tout le thème de l’exposition se trouve ici, en condensé”, explique Marie-France Aubert, l’une des deux commissaires de “Portraits de l’Égypte romaine”. L’or du visage permet la divinisation de la disparue ; les colliers d’amulettes la protègent ; enfin, les scènes peintes évoquent les outils de la survie dans l’au-delà. Des bandelettes de lin tenues par des dieux rappellent la chrysalide dont renaîtra la morte ; une double ligne de hiéroglyphes signale son nom, sans lequel elle s’égarerait dans le néant ; et elle repose sur son lit d’embaumement en forme de lion, accompagnée des quatre fils d’Horus veillant sur ses entrailles.

Dans la première partie de l’exposition, consacrée aux rituels de momification dans l’Égypte romaine, tous ces éléments symboliques se retrouvent dans des exemples concrets : visages et appliques dorés, étiquettes nominatives, linceuls peints, masques plastrons, momies avec leurs portraits sur bois insérés entre les bandelettes et le corps embaumé. Pour éviter de donner à cette section un ton froidement didactique et technique, la scénographie de Massimo Quendolo s’applique – de manière sans doute trop théâtrale – à créer un effet général saisissant. La momie de Padiimenipet, à moitié cachée par de pudiques voiles noirs, gît sur un lit en forme de lion. Le long des cimaises violet sombre, les pièces exposées émergent d’une semi-obscurité qui ne permet pas toujours le déchiffrement des notices gravées dans le verre, parfois assez loin de l’objet. Heureusement, le public dispose d’un feuillet de visite gratuit, bien conçu, qui se révèle une bonne alternative aux panneaux explicatifs.

Diversité des sites et des formules
Entre cette introduction et l’évocation finale d’une tombe avec son mobilier funéraire, la partie centrale se développe autour des fameux portraits peints et sculptés du Fayoum, mais aussi de Touna el-Gebel et d’Antinoë. À travers un échantillon d’environ 60 pièces, les commissaires de l’exposition ont surtout cherché à montrer la diversité des styles et des formules adoptées. “Selon leur degré d’hellénisation, les familles optaient pour une tête sculptée, un masque plastron, un linceul peint à la détrempe, un portrait à l’encaustique sur panneau... ou l’incinération”, note Roberta Cortopassi.
Bien qu’une présentation intelligente, rapprochant ces différentes expressions, mette en lumière une évolution stylistique commune, on ne peut que remarquer la qualité très variable des pièces. “Certaines peintures, comme le portrait d’homme dit Ammonios ou celui de femme dit La belle Européenne, présentent de très beaux modelés. D’autres sont schématiques, voire franchement maladroites. Il existait une production quasi industrielle dans le domaine des ornements funéraires”, reconnaît la co-commissaire de l’exposition.

Cette galerie de portraits, passionnante et émouvante, n’en laisse pas moins le visiteur un peu sur sa faim. Si tout au long du parcours, les thème de l’acculturation et du syncrétisme entre les civilisation gréco-romaine et égyptienne sont largement abordés, de nombreuses questions pratiques restent en suspens. Ces visages étaient-ils généralement peints à l’occasion du décès, ou récupérait-on un portrait saisi du vivant ? Les momies étaient-elles conservées dans la famille pendant quelques générations avant d’être enterrées, comme le pensait l’archéologue William Flinders Petrie ? À défaut de réponses sûres, on aimerait au moins voir posés ces problèmes. Quoi qu’il en soit, cette exposition éveille la curiosité et donne envie d’en savoir plus.

PORTRAITS DE L’ÉGYPTE ROMAINE

Jusqu’au 4 janvier, Musée du Louvre, hall Napoléon, tél. 01 40 20 51 51, tlj sauf mardi 9h-20h15, lundi, mercredi et vacances scolaires 9h-21h45. Catalogue, 216 p., 130 ill. dont 65 ill. couleur, 280 F. Petit Journal 15 F, feuillet d’aide à la visite gratuit.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°69 du 23 octobre 1998, avec le titre suivant : Regards sur l’Egypte romaine

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