Mardi 11 décembre 2018

Regard croisé sur collections

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 juillet 2004 - 380 mots

En reprenant en 1958 avec son mari Philippe le nom de « La peau du chat », donné cinquante-quatre ans plus tôt à une association par un groupe de collectionneurs, Carlota Charmet, récemment disparue, voulait-elle se garantir de l’histoire ? Peut-être, mais rien ne permet de l’affirmer. Dans tous les cas, elle aspirait à réactiver un modèle de relation entre artistes et amateurs d’art qui, depuis lors, a fait florès. L’idée était de faire découvrir les œuvres de jeunes artistes de promouvoir leur acquisition au sein d’un groupe d’acheteurs tout en s’engageant à ne pas les revendre. Quarante ans durant, tour à tour galeriste, commissaire d’expositions et conseillère artistique, Carlota Charmet a mené une activité proprement militante défendant pour l’essentiel une peinture figurative, volontiers narrative. Si, question de génération, elle s’est surtout intéressée à des artistes comme Télémaque, Monory, Voss, Pignon-Ernest, Erro, Klasen ou Kermarrec parmi d’autres, elle n’en a pas moins porté son regard sur de plus jeunes comme Philippe Cognée, Carole Benzaken, Didier Mencoboni ou Djamel Tatah. Lui rendre hommage n’est pas seulement juste, c’est remplir un devoir de mémoire que les institutions devraient faire plus souvent. Pour fêter les quarante ans du centre d’art de l’Yonne, Jacques Py, son directeur, a choisi de présenter en contrepoint dynamique une autre collection, conceptuelle celle-là. De fait, les œuvres de Joumard, Kosuth, Lefèvre, Rutault, Ernest T., Verjux, Visser et Weiner qui sont issues de la collection de Daniel Bosser en appellent à des préoccupations d’une tout autre nature que celles jadis rassemblées par Carlota Charmet. L’intérêt de l’exposition de Tanlay réside justement dans la confrontation qu’elle orchestre entre deux registres de l’art contemporain. S’il ne s’agit pas de jouer au jeu des comparaisons qualitatives, il apparaît du moins qu’une telle situation est exemplaire des choix – aussi opposés soient-ils – que peuvent exercer des regards portés par une même passion de l’art. On ne dira jamais assez le rôle fondamental que jouent les collectionneurs en matière d’histoire de l’art. Cet hommage rendu à deux collectionneurs est une façon de l’illustrer, en amont comme en aval.

« Hommage à deux collectionneurs : Carlota Charmet, Daniel Bosser », TANLAY (89), centre d’art de l’Yonne, communs du château de Tanlay, place du Général de Gaulle, tél. 03 86 72 85 31, 5 juin-1er octobre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°560 du 1 juillet 2004, avec le titre suivant : Regard croisé sur collections

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