Mercredi 20 février 2019

Enluminure - René et ses livres

Redécouvrir les trésors de l'enluminure

Les célébrations du 600e anniversaire du roi René s’achèvent par une reconstitution de sa collection de livres

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 10 novembre 2009 - 753 mots

Tandis que le 600e anniversaire de la naissance de René d’Anjou est célébré au château d’Angers, où est reconstituée sa collection de livres, la Bibliothèque nationale de France, à Paris, revisite la légende du roi Arthur. L’occasion de revoir des trésors de l’enluminure rarement exposés.

ANGERS - Ce sont quelques-unes des images les plus célèbres de l’histoire de la chevalerie, souvent reproduites en fac-similés mais rarement exposées. Soumis au regard des dignitaires, hommes et femmes, les candidats au tournoi, portant heaume et bannière, attendent dans le cloître d’être habilités à participer. L’un d’entre eux arborant un heaume à pot de fleur se voit privé de tournoi. Il y assistera quand même, non sur un cheval… mais à califourchon sur une barrière des lices. Extraites du Traité de la forme et devis d’un tournoi, ces deux extraordinaires peintures en pleine page de Barthélemy d’Eyck appartiennent à l’un des plus fameux manuscrits du Moyen Âge (Paris, Bibliothèque nationale de France). Il est une des pièces maîtresse de cette exposition conçue par la bibliothèque municipale d’Angers pour faire revivre le prestigieux ensemble de livres constitué par le roi René (1409-1480). L’ouvrage n’a pas fait que lui appartenir : le roi de Sicile, de Jérusalem et d’Aragon, duc d’Anjou et de Lorraine et comte de Provence, passionné par ce sujet dont il propose ici une codification pour l’éducation de la noblesse, en a également été l’auteur.
Formidable mécène, bibliophile averti, René d’Anjou a laissé plusieurs œuvres écrites de sa plume, comme Le Mortifiement de vaine plaisance (1455) ou Le Livre du cœur d’amour épris (1457). Mais l’exposition vise à mettre fin à un mythe né dès la mort du prince et encore véhiculé dans les années 1970 par l’historien de l’art Otto Pächt, faisant du roi non seulement l’auteur des textes mais aussi des enluminures. « L’enjeu de l’exposition était de déconstruire ce mythe, explique Jean-Charles Niclas, directeur de la bibliothèque municipale d’Angers. En revanche, il apparaît clairement que le roi entretenait des liens très privilégiés avec les artistes, dont Barthélemy d’Eyck. » Ce dernier, qui aurait été proche des frères Van Eyck, est représenté par plusieurs manuscrits et feuillets d’une qualité exceptionnelle. Jouissant de la confiance de René, il bénéficiait à la fois du titre de valet de chambre et de tranchant, étant ainsi le seul à être autorisé à porter une arme blanche aux côtés du roi. Connu également pour ses peintures de chevalet, Barthélemy a laissé des miniatures dont la très grande qualité a souvent provoqué la vente par feuillets, suite au dépeçage des manuscrits par des marchands peu scrupuleux.

Coup de pouce de la BNF
Montée avec la caution scientifique de François Avril, conservateur général honoraire du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France (BNF), cette exposition est une prouesse. Plus de quarante ouvrages du roi René – dont une vingtaine n’ayant jamais fait l’objet d’une exposition en France – ont été réunis sur les quelque 130 livres identifiés, dont 40 % sont enluminés. En l’absence d’inventaire complet et d’ex-libris, leur repérage s’est avéré complexe. L’exposition n’a été privée que de rares œuvres, dont deux trésors nationaux autrichiens, interdits de sortie de Vienne, et une Bible moralisée appartenant à la BNF, promise de longue date à un autre événement. Commencée par les frères Limbourg pour le duc de Bourgogne puis acquise par René d’Anjou, celle-ci a servi d’examen de passage pour les artistes sollicités pour travailler à son service. Des bornes d’images permettent toutefois de naviguer dans le détail de ces manuscrits absents, tous répertoriés dans l’épais catalogue qui prolonge l’exposition.
La BNF a donné un remarquable coup de pouce à cette manifestation avec le prêt de treize manuscrits. Le château d’Angers, géré par le Centre des monuments nationaux, a lui aussi joué le jeu en acceptant sa présentation dans la galerie abritant la célèbre tenture de l’Apocalypse, commandée en 1375 par le grand-père du roi René. Les conditions de lumière et d’hygrométrie étaient en effet en adéquation avec la présentation des précieux manuscrits. De quoi donner une parfaite cohérence à cette rare concentration de trésors de l’enluminure.

SPLENDEUR DE L’ENLUMINURE, LE ROI RENÉ ET LES LIVRES, jusqu’au 3 janvier 2010, Château d’Angers, 2, promenade du Bout-du-Monde, 49100 Angers, tél. 02 41 86 48 77, www.mo numents-nationaux.fr, tlj 10h-17h30, vendredi 20h30. Catalogue, coéd. Ville d’Angers-Actes Sud, 344 p., 250 ill., 32 euros, ISBN 978-2-7427-8611-4

Splendeur de l’enluminure
Commissaire : Marc-Édouard Gautier, conservateur des fonds patrimoniaux de la bibliothèque municipale d’Angers
Nombre de manuscrits et feuillets peints : 47
Scénographie : Loretta Gaïtis

Souscription pour le logis royal
Le 10 janvier 2009, un violent incendie a ravagé le logis royal du château d’Angers, réaménagé à partir de 1450 par René d’Anjou, et situé à quelques centaines de mètres de la galerie conservant la célèbre tenture de l’Apocalypse. Si seules la charpente et la toiture ont péri par les flammes, les maçonneries ont été sévèrement fragilisées par l’eau déversée et par la variation de température due au feu. Bilan : des travaux de restauration d’urgence chiffrés à 7 millions d’euros, qui comprendront également l’amélioration de l’accessibilité du bâtiment et la refonte de la présentation permanente. Pour soulager les finances publiques, une campagne de souscription a été lancée par le Centre des monuments nationaux afin de recueillir 2 millions d’euros de mécénat. Les travaux devraient être lancés dès 2010 pour s’achever en 2012. En attendant, le reste du château, construit à partir de 1232 en surplomb de la Maine, et sa galerie de l’Apocalypse demeurent ouvert au public.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°313 du 13 novembre 2009, avec le titre suivant : Redécouvrir les trésors de l'enluminure

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