Raynaud présente sa collection de Raynaud

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 avril 2006 - 359 mots

À Nice, l’exposition « Les Raynaud de Raynaud » réunit cent vingt œuvres de l’artiste, toutes issues de sa collection personnelle. Un événement conçu à la manière d’un autoportrait... maîtrisé.

Des sens interdits, des pots de fleurs peints en rouge multipliés à la pelle, des tableaux numérotés de carreaux de céramique blanche, une fresque d’autocollants aux motifs nucléaires, des drapeaux tendus sur châssis et livrés au regard tels quels ou composés en polyptyque… Le catalogue raisonné des œuvres de Jean-Pierre Raynaud se décline sur le mode de l’inventaire. Un inventaire qui dénote une irrépressible tension et nous met le nez sur la violence expressive d’objets ordinaires.

Horticulteur avant d’être artiste
Toutes les œuvres de Jean-Pierre Raynaud répondent à un axiome que l’artiste désigne du label « Objet Raynaud ». Celui-ci est une façon de valider chacun de ses gestes et de déterminer l’œuvre ainsi qualifiée à dans l’ordre d’une potentielle répétition. En cette matière, comme le dit l’artiste, le « pot » opère en « archétype de l’archétype ».
S’il n’a pas fait d’école d’art, Raynaud est en revanche diplômé d’une école d’horticulture. Et c’est parce qu’on lui avait appris « à soigner les fleurs mais pas à les empêcher de mourir » qu’il
décida un jour « d’éviter de nouvelles victimes en remplissant les pots de fleurs avec du ciment ».

Du pot au drapeau
Son rapport à l’objet est d’une tout autre nature que celui qu’entretiennent les Nouveaux Réalistes, voire les artistes du Pop Art. Tandis que leur démarche est en prise avec la société de consommation, celle de Raynaud procède d’une aventure plus personnelle. Ses « psycho-objets » sont l’expression exacerbée d’une relation autobiographique au monde. Tout comme son travail avec le carrelage dont la matérialité clinique réfère à des problématiques existentielles.
Comme le montre l’exposition niçoise qui rassemble les différents temps de son œuvre, le travail sur les drapeaux a ouvert une nouvelle voie. La nature même de l’objet l’a conduit à porter son regard sur les autres, à confronter sa réflexion à l’échelle de la planète et proposer ainsi « une nouvelle appréhension de l’œuvre et de l’art dans un contexte mondial en pleine mutation ».

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°579 du 1 avril 2006, avec le titre suivant : Raynaud présente sa collection de Raynaud

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