Mercredi 28 octobre 2020

Raoul Ubac photographe

Une exposition et un livre éclairent cette période

Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2001 - 443 mots

Raoul Ubac est connu comme peintre et sculpteur. Mais pendant quinze ans (1932-1946) il pratique principalement la photographie, qui convient sans doute mieux, par sa malléabilité, à l’optique surréaliste qui est la sienne à cette époque.

PARIS - Né à Cologne, belge fréquentant beaucoup Paris, en contact avec Haussmann, Breton ou Man Ray, Ubac est initié (à l’École des arts appliqués de Cologne) à ces procédés de transformation de l’image propres à la Nouvelle Photographie, que sont le photomontage, le photogramme, la solarisation, la surimpression. Il construit des espaces daliniens, il assemble et photographie des pierres étranges ou anthropomorphiques ramassées sur la côte dalmate (1932) comme le fera Brassaï avec des galets.

Comme tous les surréalistes, il apprécie le nu féminin (sa compagne Agui) dans des attitudes énigmatiques, accompagnée de jeux d’ombre, qui rappellent Haussmann et Man Ray. Mais surtout il expérimente et triture la pellicule, la trempant dans l’eau chaude (Brûlages, 1939 ; La Nébuleuse, 1939). Il en résulte une photographie tout à fait atypique, qui ne sera reçue que comme expérimentation graphique secondaire dans l’après-guerre. Avec la série Penthésilée (à partir de 1937), inspirée de la tragédie de Kleist, Ubac décline, par les techniques afférentes au tirage, toutes les possibilités iconiques d’un photomontage original de nus féminins, passant par la négativation, la solarisation, les virages, le paraglyphe (effet de bas-relief) qui font aussi transiter une seule et même image de l’érotisme aux prémices de l’abstraction ; en variant, de plus, les formats et les couleurs de tirage : c’est la partie la plus spectaculaire de l’exposition que lui consacre l’espace Renn Verneuil.

Ces subtiles variations de tonalités grises
Il faut réellement voir, pour les percevoir dans la matière de la surface, ces subtiles variations de tonalités grises, plus photographiques et picturales que « surréalistes ». On comprend alors pourquoi Ubac, après la guerre, abandonnant la photographie, se tourne vers le relief sur ardoise et vers la peinture dans ces mêmes tonalités, avec des empreintes de légers sillons : l’œuvre ultérieure apparaît comme le déploiement de l’exploration photographique. Outre le parcours inédit de l’exposition (avec son rassemblement des Penthésilée), le livre de Christian Bouqueret fait état d’une recherche historique qui manquait, avec un texte qui sait rester discret sans « tirer à la ligne » et heureusement complété d’un catalogue raisonné d’un peu plus de 200 numéros. Pour une fois, la limitation volontaire d’un « photographe », alliée à une évidente constante qualitative, rend possible (et très satisfaisante) une quasi-exhaustivité iconographique.

RAOUL UBAC, PHOTOGRAPHIES

Espace RENN 14/16 VERNEUIL, 14/16 rue de Verneuil, Paris, mardi-samedi, 12h-19h, jusqu’au 27 janvier. Raoul Ubac, photographies, par Christian Bouqueret, Éditions Léo Scheer, 300 p, 500 francs, ISBN 2-914172-09-5.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°118 du 5 janvier 2001, avec le titre suivant : Raoul Ubac photographe

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