Kunstmuseum, Bâle

Quoi de neuf chez Warhol ?

Jusqu’au 23 janvier 2011

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 17 décembre 2010 - 374 mots

On peut toujours se demander ce qu’une nouvelle exposition consacrée à Andy Warhol peut apporter de neuf.

Focalisée sur les premières années, l’exposition bâloise a choisi de resserrer sa présentation à des œuvres de jeunesse. Elles sont déjà assurées et péremptoires, et ce dès la première salle consacrée aux chiffres : $199 Television, toile noir et blanc salie de traces de peintures quasi expressionnistes, grilles de mots-croisés, publicités tronquées et deux Do it Yourself, Flowers et Seascape en font la démonstration. Elles ont été réalisées entre 1961 et 1962, témoignant d’une mise en place rapide du vocabulaire de prédilection warholien.

Mais la salle la plus fascinante est celle de la genèse du « système ». La carte postale représentant Elvis en cow-boy visant l’objectif est exposée, petit fétiche encore intact avant d’être cannibalisée par la sérigraphie. Parmi les coupures de journaux – celle du National Enquirer avec la publicité du chirurgien esthétique – la photographie de presse originale du Green Disaster, les « vrais » jeux de coloriage, est exposé un petit collage. Presque modeste, il montre l’origine d’une autre œuvre Peach Halves (1961). Sur le papier blanc, l’image de la conserve de pêches, arrachée dans un magazine, est entourée de papiers colorés, eux aussi déchirés avec rapidité et collés sans soin particulier à l’adhésif opaque. Étonnant mélange de détermination et de frénésie que celui qui apparaît dans cet objet approximatif, loin de l’arrogance froide des démultiplications des sérigraphies. 

À partir de cette salle séminale, les espaces s’enchaînent avec d’abord les dessins au trait nerveux, puis viennent les boîtes de soupe Campbell et les billets verts reproduits ad libitum, Elvis campe sans conviction son geste viril sous le regard de Liz Taylor. Dans ce jeu de perspectives et de grandes enfilades que ménage l’architecture austère du musée, la salle qui concentre suicides et accidents est une réussite. On y découvre un étrange Optical Car Crash (1962) à regarder avec des lunettes bicolores pour retrouver l’illusion de la 3D. Décidément, l’univers de Warhol ne cesse d’être fascinant et dans un parcours volontairement synthétique, en seulement soixante-dix toiles et dessins, on en comprend d’autant mieux la pertinence.

Voir

« Andy Warhol, The Early Sixties, Paintings and Drawings 1961-1964 »,
Kunstmuseum, St Alban-Graben 16, Bâle (Suisse),www.kunstmuseumbasel.ch, jusqu’au 23 janvier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°631 du 1 janvier 2011, avec le titre suivant : Quoi de neuf chez Warhol ?

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque