Mercredi 19 décembre 2018

À qui appartiennent les ready-made ?

Barcelone : la difficulté d’exposer Philippe Thomas

Le Journal des Arts

Le 17 novembre 2000 - 437 mots

Le concept d’auteur, le sens de l’objet artistique et le rôle de l’institution muséale et du spectateur étaient au centre de la réflexion et de l’œuvre de Philippe Thomas, artiste mort en 1995 à Paris. L’exposition de son travail au Musée d’art contemporain de Barcelone fige malheureusement ses pièces et donne à son discours un caractère quelque peu académique.

BARCELONE (de notre correspondante) - Manolo Borja Villel, directeur du Musée d’art contemporain de Barcelone (Macba), poursuit son projet de re-lecture des deux dernières décennies de l’histoire de l’art. Il consacre aujourd’hui une exposition à Philippe Thomas, porteur d’un projet questionnant des enjeux importants, mais malheureusement mort trop jeune. Qui peut savoir ce qu’il penserait de cette rétrospective, lui qui fut toujours très lucide et très critique envers le système de l’art ?

À travers des photographies, peintures, objets, installations, écrits et affiches, Corinne Diserens, la commissaire de l’exposition, a tenté de rendre plus compréhensible le discours de Philippe Thomas (Nice, 1951-Paris, 1995). Le parcours rend compte des étapes principales de sa carrière, des années soixante jusqu’à sa mort du sida. Dans ses séries de photographies, la première est signée par lui, la deuxième ne porte pas de signature et la troisième celle du collectionneur qui l’a acquise. Ce dernier obtient ainsi le statut d’auteur en même temps qu’il acquiert l’œuvre. L’artiste a continué cette réflexion plus avant et a joué, dans les années quatre-vingt, sur les mécanismes du marché de l’art qui atteignait alors des sommets. Thomas a ainsi créé “L’Agence”, peut-être son projet le plus connu. “En 1987, Philippe Thomas a transformé l’espace de la Cable Gallery de New York en une agence de relations publiques nommée Ready-Mades belong to everyone, explique la commissaire de l’exposition. L’année suivante, une filiale française était ouverte. De cette manière, l’artiste adoptait les modes de production de l’art aux méthodes de la publicité et des relations publiques qui avaient envahi le monde de l’art contemporain.”

L’exposition comprend des œuvres produites par L’Agence comme les codes-barres et les affiches qui en faisaient la promotion. Une reconstruction de l’espace de L’Agence, tel qu’il était à la mort de son concepteur, est même proposée. Dans un coin, un tas de posters porte le slogan “Ready-Mades belong to everyone.” Mais à l’inverse de ceux de Felix Gonzalez-Torres, les visiteurs ne peuvent pas en emporter un avec eux : le concept appartient à tous, mais les ready-made de Philippe Thomas n’appartiennent qu’à leurs propriétaires.

- Philippe Thomas. LES READY MADE APPARTIENNENT À TOUT LE MONDE, jusqu’au 26 novembre, Musée d’art contemporain, Plaza dels Angels, Barcelone, Tél. 44 934 120 810, tlj sauf mardi, 10h-20h, www.macba.es

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°115 du 17 novembre 2000, avec le titre suivant : À qui appartiennent les ready-made ?

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