Post-War

Quand le XXe siècle a fait « tabula rasa »

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 10 novembre 2008 - 645 mots

Le Musée des beaux-arts de Lyon revient sur les quatre années qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une période charnière dans l’évolution de l’art occidental.

LYON - Les premières images sont celle d’un champignon. Champignon atomique, filmé d’un avion, en noir et blanc. Suivent quelques minutes du poignant Allemagne année zéro (1948) de Roberto Rossellini, celles qui précèdent le suicide du jeune Edmund, misérable rescapé dans le Berlin de 1945. Incrédulité, choc, violence, humiliation…, le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, encore si présent dans les mémoires, plante le décor de « Repartir à zéro », l’exposition événement du Musée des beaux-arts de Lyon. Se concentrant sur la courte période comprise entre la capitulation de l’Allemagne en 1945 et la division du pays en deux républiques, dont l’une inféodée en 1949 à l’Union soviétique, les commissaires Éric de Chassey, professeur à l’université François-Rabelais de Tours, et Sylvie Ramond, directrice du musée lyonnais, proposent une redistribution des cartes.
Et si l’opposition archétypale entre l’abstraction lyrique de Paris et l’expressionnisme abstrait de New York – cette même mégapole qui a « volé l’idée de l’art moderne » selon la thèse de Serge Guilbault (1978) – laissait place à une vision plus panoramique de la production artistique de l’époque ? Bien qu’on la doive à l’universitaire Éric de Chassey, dont la priorité est de soumettre de nouvelles pistes de réflexion en histoire de l’art et non de valoriser une collection, la thèse n’est pas historiciste. L’idée est d’observer la manière dont les artistes européens et américains (des Côtes est comme ouest) ont, au même moment, fait table rase du passé et, chacun à leur manière, trouvé de nouvelles voies d’expression. La sélection et l’organisation du parcours font habilement ressentir, au travers des œuvres, le passage des années. Partant de la « gestion » du traumatisme, avec les Otages de Jean Fautrier, arrêté par la Gestapo, ou 31 December 1948, témoignage pictural de l’ancien soldat californien Frank Lobdell, pour s’achever sur les réponses minimalistes de Pierre Soulages, Lucio Fontana et Barnett Newman, la présentation fait l’inventaire de ces solutions formelles marquant une rupture d’avec le passé. Les œuvres sont présentées par thème et aparté monographique, ainsi du retour au geste primal en protestation à une civilisation qui a porté la guerre (la section « Balbutier ») ; de la révolution voulue par le groupe CoBrA ; du cas isolé de Carl Buchheister, rare artiste allemand à avoir recours à l’abstraction lorsque ses compatriotes ont tenu à restaurer la tradition ; de l’ambiguïté du Polonais Andrzej Wróblewski devant l’avènement du communisme… Alors que Jackson Pollock ou Mark Rothko explorent la surface de la toile en s’inspirant de la nature, l’expression corporelle devient sujet du tableau (la section « Tracer »), la photographie fait l’objet d’expérimentations formelles souvent violentes, et la toile finit par devenir le terrain de réflexions métaphysiques.

Dubuffet « or not » Dubuffet
Cette quête de l’abstraction est souvent née du terreau surréaliste, une des raisons pour lesquelles les artistes britanniques n’ont pas fait leur ce combat. Le choix des artistes représentés (Dubuffet or not Dubuffet, Bissière or not Bissière…) a donné lieu à d’amples débats, sur lesquels les commissaires ne manqueront pas de revenir en détail lors du colloque programmé les 12 et 13 janvier 2009 au musée. Cette exposition rend finalement un bel hommage à la vitalité des artistes et à leur faculté à inventer des issues plastiques. À l’image d’une rivière dont le cours est interrompu ou détourné, la création finit toujours par trouver des moyens de s’écouler.

REPARTIR À ZÉRO. L’ART EN EUROPE ET EN AMÉRIQUE APRÈS LA SECONDE GUERRE MONDIALE 1945-1950

jusqu’au 2 février 2009, Musée des beaux-arts de Lyon, 20, place des Terreaux, 69001 Lyon, tél. 04 72 10 17 40, www.mba-lyon.fr, tlj sauf mardi et jours fériés, 10h-18h, 10h30-18h le vendredi.
Catalogue, éd. Hazan, 352 p., 45 euros, ISBN 978-2-7541-0350-3

REPARTIR À ZÉRO

- Commissaires : Éric de Chassey, professeur à l’université François-Rabelais de Tours ; Sylvie Ramond, conservatrice en chef du patrimoine, directrice du Musée des beaux-arts de Lyon
- Œuvres : 175 œuvres (tableaux, sculptures, dessins, photos...) signées par près de 70 artistes différents
- Mécènes et sponsors : FRAME, Terra Foundation for American Art, The Annenberg Foundation, CIC, Grant Thornton

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°291 du 14 novembre 2008, avec le titre suivant : Quand le XXe siècle a fait « tabula rasa »

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