Vendredi 16 novembre 2018

Quand l’Allemagne se passionnait pour le Far West

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 décembre 2006 - 366 mots

Au XIXe siècle, l’Allemagne a nourri une grande fascination pour le Far West. La Schirn Kunsthalle de Francfort esquisse une possible histoire de sa représentation. Entre clichés et ethnographie.

La vague d’enthousiasme frappe au premier quart du XIXe siècle : le grand, l’intact Ouest américain, peuplé de fiers Indiens, émoustille l’imaginaire de la vieille Europe. En tête, l’Allemagne, qui fournit de massives vagues de migrants. Elle va follement se passionner pour ce Far West aux contours lointains. Ce sera, pour elle, le siècle de la figuration d’un exotisme jusque dans les moindres registres de sa représentation.
Peinture, romans d’aventures ou romans géographiques, spectacles, presse populaire, documents et explorations ethnographiques, les sources et supports se multiplient dès 1850.

Art et science
Les artistes retiennent majoritairement une vision rousseauiste des plaines de l’Ouest et des Indiens, soutenue par une iconographie balançant entre observation scientifique et exotisme sublimé. Très vite, on se passionne pour le peuple amérindien. Bien davantage qu’aux Grandes Plaines, à la conquête d’un territoire et à  la naissance d’une nation, c’est aux « frères de sang » qu’il s’agit de porter attention. Même après que le Peau-Rouge fut désigné, en 1850, comme l‘ennemi sanguinaire par l’administration américaine. Durant la seconde moitié du xixe siècle, les sources se précisent. George Catlin (1796-1872), peintre et ethnographe américain, entreprend de fixer sur la toile mœurs et conditions indiennes. Bouleversé, il s’installe auprès d’eux puis diffuse sans relâche leur cause jusqu’en Europe. En Allemagne, sur fond de positivisme scientifique, on mandate ethnographes et peintres sur les terres de ces Peaux-Rouges tant fantasmés, tandis que les photographies d’Indiens de l’historien de l’art Aby Warburg circulent.
Les figures de Geronimo, Sitting Bull, ou Buffalo Bill s’invitent dans les illustrés. Et bientôt, c’est aux Indiens de se montrer en Allemagne. Fleurissent les spectacles à alibi scientifique, à l’image du
populaire « Buffalo Bill’s Wild West Show ». On y montre de vigoureux cow-boys, de nobles chevaux et de farouches Indiens. Une mascarade radicalisée avec Carl Hagenbeck qui expose alors quelques spécimens indiens dans son zoo de Hambourg et qui sonne le déclin de cet engouement idéaliste par un peuple pour un peuple, dont la disparition programmée avait fasciné la société allemande dans son ensemble.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°586 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : Quand l’Allemagne se passionnait pour le Far West

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