Vendredi 14 décembre 2018

XVIIIe siècle

Quand Dresde rivalisait avec Versailles

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 3 février 2006 - 641 mots

Le château de Versailles rend hommage à Auguste le Fort, roi de Pologne et prince-électeur de Saxe, qui fit de Dresde un brillant foyer artistique de l’Europe baroque.

 VERSAILLES - Vêtu d’une armure et d’un manteau d’hermine, sceptre à la main, Auguste II dit Auguste le Fort (1670-1733) pose en pied devant une lourde draperie de velours grenat. La formule n’a rien de neuf, et s’inspire sans détour des grands portraits d’apparat de Louis XIV. Daté de 1718 et dû au pinceau du Français Louis de Silvestre, ce grand format révèle les accointances entre le jeune prince allemand et le Roi-Soleil. Marqué dès son premier séjour, à 17 ans, par les fastes d’une cour de Versailles alors à son apogée, le futur prince-électeur de Saxe (en 1694) va mettre un point d’honneur à faire de Dresde, capitale de ses possessions allemandes, l’un des plus brillants centres artistiques européens. Ce mécénat dispendieux devait permettre à ce piètre politique, tiraillé entre l’empire des Habsbourg et le royaume de France, et converti au catholicisme pour emporter la couronne de Pologne (1697), de gagner sa place sur l’échiquier européen. Où, mieux qu’au château de Versailles, pouvait donc être accueillie cette rigoureuse sélection des plus somptueuses pièces de sa collection, qui offrent en creux une vision de quelques-unes des commandes disparues de Louis XIV ? Le Grünes Gewölbe (Musée de la Voûte verte) de Dresde, dépositaire de ce trésor épargné par les vicissitudes de l’histoire, étant fermé pour travaux, ces œuvres ont pu obtenir un bon de sortie exceptionnel.

Parures du souverain
Déployée en sept salles, cette présentation théâtrale, qui tente de restituer l’atmosphère de faste et de luxe chère à Auguste le Fort, appelle à la délectation. Après une évocation sommaire de ce que fut Dresde au XVIIIe siècle, le visiteur pénètre dans le saint des saints : la reconstitution des espaces de la Voûte verte. Vases à boire en argent, pièces en ivoire tourné (dont la réalisation minutieuse était un passe-temps princier), pierres dures ou naturalia montées par les plus prestigieux orfèvres rendent tangible l’incroyable goût du luxe de la cour saxonne. Mais c’est dans le fond de la salle qu’a été remontée la pièce maîtresse : le grand Obeliscus Augustalis. Présenté devant un jeu de miroirs, cet ensemble baroque orfévré de plus de deux mètres, dont l’iconographie savante exalte la lignée des princes mécènes Wettin, est exposé pour la première fois hors de Dresde. Réalisé entre 1719 et 1722, ce chef-d’œuvre de Johann Melchior Dinglinger était exposé dans la salle des joyaux de la Voûte verte, en vis-à-vis des parures du souverain, dont certaines ont fait le voyage à Versailles. Si les richesses minières de la Saxe ont rendu possible cette utilisation immodérée de matières précieuses, c’est toutefois grâce à « l’or blanc » qu’Auguste le Fort fit la fortune artistique durable de sa principauté. En 1708, le chimiste Böttger découvre le procédé de fabrication de la porcelaine dure, que seuls les Chinois détenaient jusque-là. Grand amateur de porcelaine, Auguste le Fort décide alors d’enfermer l’inventeur et son secret dans la forteresse de Meissen, assurant le succès de la manufacture homonyme, qui devancera pendant plus d’un demi-siècle ses concurrentes européennes.

SPLENDEURS DE LA COUR DE SAXE. DRESDE À VERSAILLES

Jusqu’au 23 avril, Musée national du château de Versailles, Versailles, tél. 01 30 83 78 00, www.chateauversailles.fr, tlj sauf lundi, 9h-17h30 (jusqu’à 18h30 à partir du 1er avril). Catalogue, éditions RMN, 304 p., 304 ill. couleurs, broché, ISBN 2-71185-054-4, 49 euros. - Commissaires : Béatrix Saule, conservatrice en chef au Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon et directrice du Centre de recherche du château de Versailles, et Dirk Syndram, directeur du Grünes Gewölbe (Musée de la Voûte verte) de Dresde, assistés de Patricia Bouchenot-Déchin, Antje Scherner et Christine Kitzlinger - Nombre de pièces : 256 - Scénographie : Marc Jeanclos et Antoine Fontaine

La renaissance contemporaine de la « Florence de l’Elbe »

Une haie de rosiers protégeant des ruines. Pendant plus de quarante ans, c’est cette image qu’a offerte la Frauenkirche, la grande église protestante de Dresde, aux rares visiteurs qui s’égaraient dans cette ville sinistre de la République démocratique allemande (RDA). Réduite en cendres par les bombardements alliés dans la nuit du 13 au 14 février 1945, Dresde avait été contrainte de remiser son passé prestigieux dans les livres d’histoire. Soixante ans plus tard, alors que la ville se prépare à célébrer ses huit cents ans, la quasi-totalité des stigmates de cette destruction ont été effacés. Fruit d’un ambitieux chantier de reconstruction à l’identique, lancé dès 1990, la restauration de Dresde touche à sa fin. Outre la Frauenkirche, achevée fin 2005, tous les grands monuments de la ville (le palais du Zwinger, l’église catholique de la Cour, l’Opéra Semper) ont été rebâtis pierre par pierre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°230 du 3 février 2006, avec le titre suivant : Quand Dresde rivalisait avec Versailles

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