Dimanche 22 septembre 2019

Londres

Pugin : la passion du gothique

Une scénographie très colorée pour le \"grand prêtre\" de la Renaissance gothique au XIXe siècle

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1994 - 682 mots

Le Victoria & Albert Museum consacre à Pugin une grande exposition sur tous les aspects de sa carrière. L’œuvre de Pugin, l’un des fondateurs de l’architecture et de la décoration modernes, et son influence sur les grands courants des XIXe et XXe siècles est remise en perspective.

Augustus Welby Pugin (1812-1852), a vécu en nourrissant le fol espoir de voir un jour reconstruire Saint-Pierre de Rome "dans un meilleur style", ce qui signifiait pour lui le style gothique. Pugin a été un maître pour les créateurs de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Frank Lloyd Wright ou Mies van der Rohe auraient pu prendre à leur compte certaines de ses affirmations : "Les deux grandes règles pour le dessin sont celles-ci : la première, il ne doit y avoir dans un bâtiment aucun élément qui ne soit nécessaire au confort, à la construction, à la forme ; et la seconde, que tout ornement doit être défini en fonction du style du bâtiment."

Un génial architecte et décorateur
Dès l’âge de quinze ans, il dessine des meubles pour la famille royale, et à partir de 1837, il prépare avec ferveur des plans d’église dans le style gothique, entre autres les projets réalisés des cathédrales de Birmingham et Nottingham. En 1844, on confie à Pugin la décoration intérieure du nouveau Parlement. Les États-Unis s’enthousiasment à leur tour pour l’architecture gothique. James Rienwick Jr est chargé de la construction de l’église Grace Church à New York, (1846) et de Trinity Church (1848). Le président Andrew Jackson fait construire sa maison de campagne selon "les vrais principes".
En 1851, on charge Pugin de la reconstitution d’une cour royale médiévale pour l’exposition universelle du Crystal Palace. Mais il meurt, dès 1852, victime d’une intoxication par le mercure.

Une scénographie "gothique"
Le Victoria & Albert Museum consacre à Pugin une grande exposition sur tous les aspects de sa carrière. Le visiteur passe tout d’abord à travers un cimetière, car Pugin déplorait "l’usage d’enterrer hors de l’enceinte des villes ,dans des enclos séparés, qui a fait dévier le caractère religieux des sépultures chrétiennes". Après cet espace décoré des couleurs froides de l’époque géorgienne, on découvre la reconstitution d’une partie d’église gothique conçue par Pugin, où sont inclus un chœur provenant d’une église de Norfolk, et l’autel d’Alton Towers, réalisé pour Lord Shrewsbury.

Pour présenter le travail de l’architecte, les commissaires de l’exposition Paul Atterbury et Clive Wainfright ont fait appel à un architecte anglais contemporain John Outram, afin qu’il crée un décor multicolore pour mettre en valeur les dessins de Pugin aux couleurs éclatantes.
L’exposition met en valeur ses multiples créations, les tentures, les tapis et les vêtements sacerdotauxs et ameublement d’église, les motifs de pavement en tuiles ou en céramiques ; mais également des bijoux, de la vaisselle, des papiers peints, des jaquettes de livre, et des décors de théâtre ainsi que ses maquettes en fer forgé ou en argent.

Quant à son attachement aux matériaux "vrais", il écrivait en 1836 "Les architectes du Moyen Âge furent les premiers qui tirèrent tout l’avantage possible des propriétés naturelles des divers matériaux ". L’influence qu’il a exercé sur le mouvement Arts and Crafts , de William Morris, a fait renaîre l’intérêt pour l’artisanat de qualité. Or on sait l’attention qu’ont porté à William Morris les créateurs du Bauhaus.
Les idées de Pugin ont été diffusées grâce à ses nombreux ouvrages dont True Principles of Christian Architecture (1841), dans lequel il expose les "vrais principes" de l’architecture gothique. Il rejette violemment le néoclassicisme palladien du XVIIIe siècle, "expression d’une culture païenne et non chrétienne". Une traduction en langue française, Les vrais principes de l’architecture a été publiée à Bruxelles en 1850. L’exposition s’accompagne de la publication d’un important catalogue "Pugin : A Gothic passion". C’est le premier ouvrage exhaustif sur l’architecte-archéologue, ses créations et son influence.

Pugin : A Gothic passion, coédition Yale University Press et Victoria & Albert Museum, édition brochée £ 19,95 (180 F), reliée £ 40 (360 F).

Londres, Victoria & Albert Museum, "Pugin, la passion du gothique", du 15 juin au 11 septembre 1994.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°5 du 1 juillet 1994, avec le titre suivant : Pugin : la passion du gothique

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