Vendredi 27 novembre 2020

Prison in vivo

Nouvelle création de Laurie Anderson

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 19 juin 1998 - 491 mots

Née en 1947 à Chicago, Laurie Anderson fait partie des authentiques précurseurs du multimédia, elle qui a notamment été influencée par le mouvement Fluxus. À la Fondation Prada, à Milan, en collaboration avec le critique d’art Germano Celant, elle présente le projet “Dal Vivo�?, le transport électronique d’un corps d’un espace à un autre.

MILAN - La Fondation Prada, à Milan, a récemment mené plusieurs expériences dans le domaine de l’art contemporain, qui ont pour point commun un souci de multiplier les rencontres, notamment entre recherche artistique et décoration, entre “œuvre” et société. Au début de l’année, cette politique a abouti, par exemple, à la réalisation d’une installation permanente de Dan Flavin. Le minimaliste américain a laissé en héritage spirituel une puissante intervention lumineuse à Santa Maria in Chiesa Rossa, dans la banlieue de Milan, qui confirme certaines proximités entre la non-représentation laïque, caractéristique de la tradition minimaliste, et la sacralité moderne (lire JdA n° 50, 19 décembre 1997).

Quelques années avant Pipilotti Rist, Laurie Anderson se présentait déjà simultanément comme photographe, compositeur, chanteuse, performer, narratrice, essayiste, critique d’art, enseignante ou actrice comique. Dans le domaine des arts plastiques, elle a intensifié son rapport aux médias technologiques en ayant fréquemment recours aux installations sonores et au langage écrit, ce dernier faisant référence à la banalité des slogans du quotidien.

L’espace d’exposition de la Fondation Prada, sur près de 1 000 m2, sert de cadre au projet réalisé par Laurie Anderson et Germano Celant, en collaboration avec l’administration de San Vittore. Celle-ci a été impliquée dans une création qui lie le monde carcéral et la société ordinaire. “J’imagine Dal Vivo comme l’alliance d’une chaîne temporelle et d’une chambre de méditation”, souligne l’artiste. Le spectaculaire engendré par la réalité virtuelle permet ici de relier en temps réel un lieu de réclusion et de souffrance – une prison –, au siège d’une institution financée par une maison de mode qui met en exergue l’élégance, la liberté et la transgression. Acteur de ce monologue en images, Santino Stefanini, un prisonnier de la prison San Vittore qui a déjà purgé une peine de vingt-trois ans et demi, est filmé lors des différentes étapes répétitives qui rythment ses journées. Son image est retransmise en temps réel, trois fois quinze minutes par jour, au siège de la Fondation. Le reste du temps est simplement diffusée une image enregistrée du condamné. La narration y est dure, la gestuelle du prisonnier est noyée dans une obscurité spectrale. Les déformations de l’image retransmise contribuent à accroître l’impression d’angoisse et de malaise. Ces images sont projetées à proximité de quinze petites statues parlantes de Laurie Anderson qui apparaissent dans l’obscurité et viennent amorcer un dialogue avec le prisonnier.

À l’occasion de l’exposition, la Fondation Prada publie Life, un livre consacré à la vie, sous la direction de Germano Celant.

LAURIE ANDERSON, LIFE/DAL VIVO, jusqu’au 12 juillet, Fondation Prada, via Spartaco 8, Milan, tél. 39 2 54670216/202, tlj sauf lundi 10h-19h, entrée libre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°63 du 19 juin 1998, avec le titre suivant : Prison in vivo

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