Jeudi 13 décembre 2018

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Printemps ottoman

L'ŒIL

Le 1 avril 2000 - 513 mots

En ce début de printemps, un air de Bosphore va souffler sur les bords de Seine. Un an après les célébrations versaillaises de Topkapi, deux expositions parisiennes poursuivent l’exploration de l’art ottoman à travers le double prisme de la céramique et de la calligraphie. Au Musée Jacquemart-André, 200 pièces dressent un vaste panorama de l’art des potiers turcs du XVIe au XIXe siècle. Au Louvre, Pierre Rosenberg se réjouit quant à lui de pouvoir présenter « pour la première fois en France une exposition de calligraphies ottomanes » avec 70 prodiges d’habileté tracés par la calame du Sheik Hamdullah (1429-1520), maître du sultan Beyazit II, ou de son digne héritier Necmeddin Okyay (1883-1976), l’un des derniers de l’école d’Istanbul. Ce double événement a été rendu possible grâce au prêt de collections privées considérées à juste titre comme des « Trésors Nationaux » dans leurs pays. Celles, respectivement, des familles Koc et Sabanci qui sont à la tête d’empires industriels et financiers concurrents en Turquie et ont depuis 30 ans pris le relais de l’État pour l’acquisition de pièces majeures de l’art national. Pour Marthe Bernus-Taylor, commissaire des deux expositions, « ces deux événements constituent une occasion unique de découvrir des pièces inconnues en France ». À Jacquemart-André en particulier, « aux côtés des célèbres Iznik figurent les versants plus populaires de l’art de la céramique, les productions de Kutahya et Canakkale qui sont hélas pratiquement absentes des collections nationales, même si des efforts sont faits pour en acquérir » – trois céramiques de Kutahya ont été préemptées lors de la retentissante vente Pescheteau du 28 février (voir page 18). Il s’agit donc ici d’une première synthèse sur la céramique ottomane. À cet égard, le catalogue rédigé par Laure Soustiel – fille du célèbre expert en art islamique – fait figure de référence. On y trouve notamment la première littérature sur les « demoiselles d’Avignon », d’élégantes aiguières fabriquées à Canakkale que quelques esprits revêches persistent à attribuer au Comtat Venaissin. L’ensemble des pièces prendra place dans une scénographie originale signée Hubert Le Gall. Ce dernier a conçu « une mise en scène légèrement théâtrale », évoquant discrètement l’architecture ottomane, à l’aide d’un jeu de cloisons ocres, adoptant le profil découpé des enceintes du Sérail ou encore les courbures du dôme de Sainte-Sophie. Ici et là quelques pointes de verdure finissent de camper une ambiance orientale, destinée à susciter l’attention d’un large public. Une présentation tout aussi évocatrice accueille la prestigieuse collection Sabanci qui achève sa tournée mondiale au Louvre avant de rejoindre les cimaises du Musée Sabanci prêt à ouvrir ses portes l’année prochaine. Installé dans la charmante villa Atli, sur les bords du Bosphore, « il va enfin doter Istanbul d’une structure susceptible d’accueillir de grandes expositions internationales » déclare son directeur Ehmin Balcioglu. « Surtout, avec un premier laboratoire de restauration de papiers anciens, il aura pour ambition de mettre en valeur les riches fonds enluminés et calligraphiés qui sommeillent dans les réserves des 200 musées turcs. »

PARIS, Musée Jacquemart-André, 1er avril-2 juillet et Musée du Louvre, jusqu’au 29 mai.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°515 du 1 avril 2000, avec le titre suivant : Printemps ottoman

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