Mardi 10 décembre 2019

Première fois

Louise Bourgeois à l’Ermitage

Le Journal des Arts

Le 23 novembre 2001 - 606 mots

Le Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg consacre une rétrospective à Louise Bourgeois, qui,
de son côté, s’est engagée à faire don d’une œuvre à l’institution. Une première pour cet établissement
aux collections classiques.

SAINT-PÉTERSBOURG (de notre correspondant) - Le Musée national de l’Ermitage a inauguré récemment la première exposition en Russie de l’œuvre de Louise Bourgeois, sculpteur franco-américain qui fêtera ses quatre-vingt-dix ans en décembre. Quelque 25 sculptures et plus de 200 dessins de cette pionnière ont ainsi pris place dans le grand musée néo-classique de Russie. L’artiste a prêté la plupart des œuvres exposées, dont Destruction du père et Maman, araignée de métal haute de 7 mètres. Certaines autres sont des donations de Barbara Fishlee, collectionneuse privée, dont est aussi issue la petite araignée qui occupe la cour de l’Ermitage. La Fondation Daros, en Suisse, a prêté les 220 dessins de la série Insomnie, ainsi que Cell No. 1. “Nous avons beaucoup de chance car nous présentons un moulage inédit de Maman exécuté expressément pour l’Ermitage”, a déclaré Julie Sylvester, commissaire de l’exposition. Louise Bourgeois, qui a découvert Leningrad et Moscou en 1932, a décidé de faire don d’une pièce importante au musée, mais le choix n’en est pas arrêté pour l’instant. La collection de l’Ermitage serait ainsi la première de toutes les collections russes confondues à intégrer une œuvre majeure de sculpture contemporaine occidentale. L’exposition et les conférences qui l’accompagnent sont un grand pas vers l’accès à l’information pour les amoureux de l’art et les étudiants de la ville qui ont dû, des années durant, se satisfaire des canons de l’art européen classique. Saint-Pétersbourg est peut-être le bastion de l’architecture et de l’art le plus conservateur et le plus orthodoxe d’Europe. “L’Ermitage ne présente que les plus belles œuvres d’art et Louise Bourgeois appartient déjà au corpus artistique classique. Il est très important que les jeunes artistes voient du grand art contemporain, pour développer un goût plus sûr”, explique Mikhail Piotrovski, directeur de l’Ermitage. Nommée conservatrice adjointe du département d’art contemporain du musée, Julie Sylvester a noté “une résistance [du personnel] au changement, mais Mikhail Piotrovski est un visionnaire et en tant que directeur, il a de très bonnes idées. Pratiquement personne à l’Ermitage n’avait travaillé avec un artiste vivant et le personnel s’est brusquement trouvé confronté aux desiderata de l’artiste”. En effet, Louise Bourgeois a conçu elle-même une installation appropriée aux salles de l’Ermitage, ce qui n’a pas manqué de surprendre les scénographes. Outre les problèmes d’organisation, la question de la validité de l’art moderne a été soulevée. À l’exception de Matisse, Picasso et des post-impressionnistes français, l’Ermitage ne possède pas beaucoup d’œuvres d’artistes du XXe siècle et le personnel qualifié est rare. “Le vieux système soviétique est resté intact et si l’on veut que les choses soient faites, il faut savoir user de délicatesse et de diplomatie, a expliqué un officiel de la région, spécialisé dans l’art. Même si Piotrovski est le directeur, beaucoup de chefs de départements ont leurs propres idées et doivent donner leur accord lorsqu’une exposition est montée, alors que la plupart d’entre eux sont contre l’art contemporain. Donc, dès que Piotrovski a le dos tourné, ils essaient de créer le plus de difficultés possibles. Ils ne font ce qu’il veut que lorsqu’il revient.” Julie Sylvester, ancienne commissaire indépendante et éditrice d’estampes qui travaillait entre les Bermudes et Manhattan, avait monté un projet avec Louise Bourgeois au Whitney Museum en 1996 – un portfolio d’estampes, L’Art d’améliorer la Nature, également exposé à l’Ermitage.

- LOUISE BOURGEOIS À L’ERMITAGE, jusqu’au 13 janvier 2002, Musée de l’Ermitage, 34 Dvortsovaya Naberezhnava, Saint-Pétersbourg, tél. 7 812 311 34 65, tlj sauf lundi 10h30-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°137 du 23 novembre 2001, avec le titre suivant : Première fois

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