Pour la beauté du geste

Le Journal des Arts

Le 5 novembre 1999

« L’élan de l’art moderne vient du désir de détruire la beauté ! », s’est un jour exclamé l’expressionniste abstrait Barnett Newman. L’exposition « Un regard sur la beauté à la fin du XXe siècle », organisée au Hirshhorn Museum and Sculpture Garden à Washington, cherche à montrer que depuis ce cri de Newman, certains artistes ont tenté de retrouver le chemin d’une certaine harmonie esthétique.

WASHINGTON (de notre correspondant) - “Pendant longtemps, si quelqu’un disait à un artiste que son travail était beau, il s’agissait d’une critique désobligeante”, note Neil Benezra, directeur adjoint du Hirshhorn Museum and Sculpture Garden et co-commissaire, avec Olga Visso, de l’exposition “Un regard sur la beauté”. Avant de poursuivre : “Le terme beauté a pris un sens politique qui sous-entendait un manque d’initiative artistique et d’ambition. L’art était supposé être résistant, difficile et provocateur, mais pas joli. Notre exposition est très subjective. Nous avons essayé de montrer comment le mot “beauté” survit dans ces dernières années du siècle”. La démonstration des commissaires de l’exposition s’appuie sur des œuvres comme Milkrun de Vanessa Beecroft, un défilé de mannequins nus qui a fait scandale, ou encore Les lèvres de Marilyn d’Andy Warhol. Pipilotti Rist, Janine Antoni, Sigmar Polke et Lorna Simpson figurent également dans l’exposition. Cependant, l’une des questions soulevées ici est celle des véritables intentions de ces créateurs : cherchent-ils effectivement à définir la beauté dans leur travail et est-ce important pour eux ?

Les premiers artistes modernes ont, dans un sens, fui la beauté et rejeté ses concepts traditionnels. L’art moderne est devenu un art de disjonctions et de cassures radicales. Marcel Duchamp a ainsi noté qu’il avait choisi ses ready made selon des critères “d’indifférence visuelle avec, en même temps, une absence totale de bon ou de mauvais goût, en fait, une anesthésie totale”. Avec le développement de la photographie et des médias, les belles images sont devenues plus faciles à réaliser. Les artistes ont dû coloniser de nouveaux territoires esthétiques et de sens. Barnett Newman, par exemple, a peut-être renoncé à la beauté mais a fait sienne une autre qualité, plus évanescente encore, “le sublime”.

Le catalogue de l’exposition comprend notamment un essai du philosophe et critique d’art Arthur Danto, qui s’appuie sur les théories esthétiques de Kant et Hegel. Notant la précision de notre langage esthétique, Danto cite le philosophe J.L. Austin, chef de file de l’École du langage ordinaire (Ordinary Language School) : “Si seulement nous pouvions oublier un instant le beau et regarder un peu plus la grâce et les rondeurs”...

UN REGARD SUR LA BEAUTÉ À LA FIN DU XXe SIÈCLE

Jusqu’au 17 janvier, Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Seventh Street & Independence Avenue S.W., Washington DC, tél. 1 202 357 2700, tlj 10h-17h30.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°92 du 5 novembre 1999, avec le titre suivant : Pour la beauté du geste

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