Pots, carreaux, Raynaud

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 décembre 1998 - 432 mots

Est-il encore besoin de présenter le travail de Jean-Pierre Raynaud ? Depuis plus de trente ans qu’il est apparu sur la scène artistique, les occasions de le découvrir, d’en apprécier les différents états et d’en mesurer l’importance ont été légion. Avec Buren et Boltanski, il compte parmi les artistes les plus présents sur le terrain, ici comme ailleurs ; à ce point même que cela en agace certains. Mais n’est-ce pas somme toute normal ? Il y a belle lurette que Jean-Pierre Raynaud a prouvé – si c’était nécessaire – que son langage n’était pas simplement une invention plastique mais une véritable et authentique vision du monde. Une vision remise en question en permanence, corollaire d’un vécu porté par le soin de conjuguer esthétique et éthique. Le choix que Raynaud a fait très tôt du carreau de céramique blanche et du pot rouge pour servir de vecteurs à sa démarche ne doit pas faire oublier son usage d’objets choisis pour leur charge tant psychologique que symbolique. Qu’ils soient culturels, naturels ou cliniques, ceux-ci sont toujours mis en œuvre dans des arrangements qui vont de la dimension de la petite sculpture à celle de l’architecture monumentale. Ce rapport étendu d’échelle n’échappe cependant jamais à la prise en compte d’un étalon qui est le corps. En sa présence toujours suggérée, mais jamais explicite.
Des psycho-objets du milieu des années soixante au grand Pot doré récemment installé sur le parvis devant Beaubourg en passant par ce fil rouge existentiel qu’a été La Maison détruite en 1993 – et que prolonge celle de La Garenne-Colombes –, l’œuvre de Jean-Pierre Raynaud renvoie irrésistiblement à une expérience sensible du corps dans ses rapports complexes entre identité et altérité. Dans ses implications au social – ainsi du projet de La Tour Blanche aux Minguettes – comme au spirituel – ainsi des vitraux de l’abbaye de Noirlac (L’Œil n°494) – ou au poétique – ainsi de La Carte du Ciel au sommet de la Grande Arche. Intimement et définitivement liés, la vie et la mort, l’unique et le nombre, le vide et le plein, le profane et le sacré trouvent chez Jean-Pierre Raynaud l’occasion de manifestations les plus discrètes comme les plus publiques. Ce qui est exemplaire dans le trajet d’une œuvre comme la sienne est la rigueur de la voie suivie et la pertinence des effets plastiques qui la bordent. Ce qui frappe, c’est comment, par-delà la considérable diversité des moyens et des propositions, Raynaud a su constituer une œuvre dont la force procède de son unicité.

Galerie nationale du Jeu de Paume, 15 décembre-7 février, cat. 144 p., 260 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°502 du 1 décembre 1998, avec le titre suivant : Pots, carreaux, Raynaud

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