Lundi 24 septembre 2018

Archéologie

Pompéi fait irruption à Bliesbruck

Le Journal des Arts

Le 1 août 2007 - 667 mots

Le parc archéologique européen de Bliesbruck-Reinheim propose un captivant voyage au cœur de cette bourgade romaine de Moselle à la lumière des trésors pompéiens.

 BLIESBRUCK - Le pari de faire venir Pompéi à Bliesbruck (Moselle) était ambitieux, mais pertinent, car « comment comprendre la ville, la rue, la maison, les rites et les mœurs […] de la Gaule belgique, sinon grâce au formidable miroir que constitue la ville de Pompéi scellée par les cendres du Vésuve ? », s’interroge Philippe Leroy, président du conseil général de Moselle. Grâce à la collaboration de la Surintendance archéologique de Pompéi, le rêve est devenu réalité : près de deux cent cinquante trésors pompéiens ont fait le voyage. Établissant un parallèle inédit entre les deux sites antiques, l’exposition du parc archéologique européen de Bliesbruck-Reinheim plonge le public au cœur de la vie quotidienne du peuple gallo-romain. Elle vise également à montrer aux visiteurs leurs racines culturelles européennes, selon les vœux du département de la Moselle, engagé dans une politique de coopération franco-allemande et soucieux de promouvoir une identité européenne.
Dès le début du parcours, le visiteur explore Pompéi, cité ensevelie sous les cendres du Vésuve en 79 et devenue un véritable conservatoire de la civilisation romaine. Ce qui nous est parvenu intact de la cité campanienne n’existe qu’à l’état fragmentaire à Bliesbruck : « À Pompéi, je vois la troisième dimension qu’il nous manque à Bliesbruck et qui permet à l’imaginaire de se développer », explique Philippe Brunella, commissaire de l’exposition. Ville fossilisée, Pompéi livre les éléments utiles à la rédaction d’une chronique de la vie quotidienne. Petite agglomération secondaire du nord-est de la Gaule, Bliesbruck a existé pour sa part pendant plus de mille ans. Le temps a donc effacé les multiples traces de ses occupants.
De la Lorraine à Pompéi, on entrevoit ce que fut la force du processus de romanisation. Le visiteur en fait l’expérience en pénétrant dans l’intimité des maisons romaines. La vaisselle de table, les lampes, le petit mobilier domestique montrent des similitudes d’une cité à l’autre. Ces vestiges rappellent leurs habitants, attachés aux codes de la représentation romaine, comme en témoigne l’imposante statue en marbre d’un notable de Pompéi confrontée à une stèle figurant un habitant de Divodurum (Metz). Confort et luxe sont également au cœur des préoccupations des citoyens : les exceptionnels décors peints d’un triclinium (salle à manger), provenant sans doute de l’une des auberges campaniennes de l’empereur Néron, en constituent la meilleure illustration. Puis le visiteur rencontre l’univers des artisans et commerçants ; le voyage s’anime étonnamment grâce à la reconstitution d’une taverne gallo-romaine. La visite se poursuit dans le parc, au cœur des vestiges de Bliesbruck, dont il faut souligner la remarquable mise en valeur. Siège de la diffusion de la culture romaine, les édifices publics marquent le paysage urbain du sceau de Rome. Ainsi, les thermes de Bliesbruck révèlent un art de vivre faisant la part belle au plaisir et à la détente. Comme à Pompéi, des décors somptueux ont animé l’édifice, ce que la délicieuse bouche de fontaine en forme de satyre, provenant des thermes suburbains de la cité campanienne, laisse imaginer.
Référence pour l’archéologue, Pompéi constitue la mémoire imagée des sites archéologiques d’époque romaine. Animé de la même « pompéiomanie » que les visiteurs de cette exposition, Stendhal n’écrivait-il pas dans son carnet de voyage intitulé Rome, Naples et Florence : « Ce que j’ai vu de plus curieux dans mon voyage, c’est Pompéi ; on se sent transporté dans l’Antiquité ; et pour peu qu’on ait l’habitude de ne croire que ce qui est prouvé, on en sait sur-le-champ plus qu’un savant. » ? En conjuguant le spectaculaire pompéien et l’ordinaire gallo-romain, l’exposition offre au visiteur une vision complète des valeurs et du mode de vie partagés, dans une Europe sous influence romaine, par des populations issues de cultures différentes.

DE POMPÉI À BLIESBRUCK-REINHEIM

- Commissariat scientifique : Sara Santoro-Bianchi, professeur à l’université de Parme ; Jean-Paul Petit, directeur du parc archéologique européen de Bliesbruck-Reinheim ; Philippe Brunella, conservateur - Scénographie : Philippe Fraisse, architecte DPLG - Nombre d’œuvres : 640 - Surface d’exposition : environ 700 m2

DE POMPÉI À BLIESBRUCK-REINHEIM : VIVRE EN EUROPE ROMAINE

Jusqu’au 30 septembre, parc archéologique européen de Bliesbruck-Reinheim, 1, rue Robert-Schuman, 57200 Bliesbruck, tél. 03 87 02 25 79, www.expo-moselle.com, tlj de 10h à 18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°261 du 8 juin 2007, avec le titre suivant : Pompéi fait irruption à Bliesbruck

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