Art contemporain

PHOTOGRAPHIE

Polke, une question d’alchimie

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 3 octobre 2019 - 469 mots

PARIS

Le Bal dévoile un corpus d’images photographiques méconnues de Sigmar Polke qui dénote l’extrême labilité de son travail et la fluidité de sa poétique.

Sigmar Polke, Sans titre, 1970-1980, collection de Georg Polke. © The Estate of Sigmar Polke, Cologne, 2019
Sigmar Polke, Sans titre, 1970-1980, collection de Georg Polke.
© The Estate of Sigmar Polke, Cologne, 2019

Paris. Le corpus photographique de Sigmar Polke (1941-2010) est loin d’avoir encore livré toute son étendue. En témoigne les près de trois cents images quasiment inédites extraites du fonds détenu par son fils Georg Polke, dévoilé pour la première fois en France. Objet d’une première exposition en 2018 au Museum Morsbroich de Leverkusen en Allemagne et d’un long travail d’investigation mené par le musée (d’ailleurs toujours en cours pour identifier les personnes, les lieux et les scènes photographiés), cette collection riche d’un millier de tirages sans titre et quasiment non légendés traduit le foisonnement des expériences visuelles menées par l’artiste allemand de 1970 à 1986. Leur iconographie dit son rapport au médium, lors de la prise de vue ou du tirage mais aussi de l’usage du négatif.

« Les photographies de la collection de Georg Polke constituent une coupe transversale – une forme de carottage à l’intérieur du corpus photographique de son père permettant de mesurer la richesse de l’univers iconographique du peintre », souligne Bernard Marcadé, co-commissaire de l’exposition au Bal avec Georg Polke, Diane Dufour et Fritz Emslander, directeur adjoint du Museum Morsbroich.

Cette idée de « carottage », la scénographie l’exprime par ses focus sur une personne donnée ou sur une scène formée par cinq-six images entremêlées au rez-de-chaussée, comme par ses longues séquences linéaires d’images éclectiques au sous-sol. Ce montage d’images n’obéit pas à un ordre établi par l’artiste mais relève de la subjectivité des commissaires. De même pour la série de photographies relatives à Athanor, une installation réalisée en 1986 à la Biennale de Venise [pavillon de la République fédérale d’Allemagne] pour laquelle Polke fut récompensé d’un Lion d’or et qu’il documenta au fur et à mesure de son évolution. Le mode de présentation choisi adopte néanmoins l’accrochage spécifique conçu par l’artiste pour certaines expositions.

La photographie fut pour lui une pratique intensive où les distinctions vie privée/travail artistique, dénonciations d’une époque/explorations formelles n’existent pas dans la production des images et leurs usages. On est aux antipodes de la photographie de Bernd et Hilla Becher et de l’école de Düsseldorf qui se développe à la même époque. La photographie comme la peinture, le dessin et le film est le terrain d’expérimentations plastiques et chimiques. Les manipulations au tirage (brûlage, solarisation, superposition), généralement sous l’effet de psychotropes, créent un univers mental et sensitif hallucinatoire. Nul besoin de reconnaître celles ou ceux (artistes, compagne, enfant, amis) qui apparaissent sur ces images, ni l’objet précis ou l’œuvre auxquels elles se réfèrent pour apprécier ce flux tout aussi fluide qu’imprévisible dans ses articulations. La poétique de l’alchimie de Sigmar Polke, sa virulence comme sa grande tendresse, forment une iconographie en propre dont on attend de découvrir d’autres pans.

Les infamies photographiques de Sigmar Polke,
jusqu’au 22 décembre, Le Bal, 6, impasse de la Défense, 75018 Paris, www.le-bal.fr

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°529 du 20 septembre 2019, avec le titre suivant : Polke, une question d’alchimie

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