Dimanche 22 juillet 2018

XIXe

Plume et pinceau

Le Journal des Arts

Le 13 avril 2010 - 531 mots

Les Orientales, de Hugo, face aux maîtres de la peinture romantique.

PARIS - « Ces couleurs orientales, venues comme d’elles-mêmes empreindre toutes ses pensées, toutes ses rêveries, tour à tour hébraïques, persanes, arabes, espagnoles même, car l’Espagne c’est encore l’Orient… » Tels sont les mots de Victor Hugo (1802-1885) pour décrire l’Orient qu’il imagine au travers de son recueil Les Orientales, publié en 1829. En ce début de XIXe siècle, Eugène Delacroix peint La Mort de Sardanapale, la France et l’Angleterre reconnaissent l’indépendance de la Grèce, le Louvre lance son Musée égyptien et l’Orient devient, comme le décrit le poète, « la grande source de toutes peintures comme de toutes poésies ».

La Maison de Victor Hugo, à Paris, consacre ses cimaises à l’exploration de l’ouvrage romantique du poète à travers un parcours qui confronte la plume au pinceau. Les œuvres d’artistes tels que Delacroix, Géricault, Boulanger ou Girodet-Trioson s’articulent autour de manuscrits et d’œuvres sur papier de Hugo. La première partie est réservée aux précurseurs du mouvement : explorateurs, écrivains, conquérants de l’Orient comme Bonaparte, Byron ou Vivant Denon, dont les images et informations rapportées de leurs expéditions suscitent l’impulsion du romantisme en Europe.

Viennent ensuite les scènes de batailles d’indépendance de la Grèce contre les Turcs. Bien qu’un peu chargé, l’accrochage n’en est pas moins remarquable par la qualité des œuvres présentées. « Des femmes, des vieillards, des vierges désolées, et sur le sein flétri des mères mutilées, des enfants de sang allaités »… à la violence des mots hugoliens répondent les toiles de Delacroix, Díaz de la Peña, Girodet-Trioson qui s’unissent en véritables chroniqueurs autour de la cause orientale. Des portraits d’hommes font face à ces scènes de guerre, comme autant de témoignages aux massacres tragiques. La beauté des costumes et l’harmonie des couleurs n’atténuent pas pour autant le désespoir qui se lit sur les visages.

Un exotisme nourri de violence et de sensualité
Dans la continuité de ces affrontements sanglants est présenté un bestiaire où s’entretuent des fauves. À la violence animale s’oppose la délicatesse de quelques lignes du poème Mazeppa ainsi que certaines esquisses de chevaux par Victor Hugo. Barye, Delacroix, Vernet et Géricault se retrouvent chefs d’orchestre d’un bestiaire indomptable, dominé par les figures de fauves, de cavaliers et de chevaux. La puissance et la fugacité des animaux s’affirment par une torsion de la ligne qui traduit le mouvement saisi sur l’instant pour libérer le trait d’un néoclassicisme révolu. Pour clore le parcours, le visiteur pénètre dans l’univers tamisé d’un harem aux allures de salon oriental.

D’une rive à l’autre de la Méditerranée se côtoient, lascivement, baigneuses, sultanes et captives au milieu de tentures et d’objets de décoration. La poésie de Hugo, baignée de lumières, de sons et de couleurs, se reflète dans la carnation des corps alanguis d’Ingres, Chassériau, Cabanel ou Delacroix qui lèvent le voile sur l’objet de tentation que représentent ces femmes, proie de leur propre féminité, captives des harems ou victimes du désir.

Les Orientales, jusqu’au 4 juillet, Maison de Victor Hugo, 6, place des Vosges, 75004 Paris, tél. 01 42 72 10 16, tlj sauf lundi et jours fériés 10h-18h. Catalogue, Éditions Paris-Musées, 253 p., 150 ill., 34 euros, ISBN 978-2-7596-0119-6

Les Orientales

Commissariat : Danielle Molinari avec Vincent Gille et Jérôme Godeau

Scénographie : Véronique Dolfus

Nombre d’œuvres : 140

La vie volée de Léopoldine Hugo

Parallèlement à l’exposition « Les Orientales », Léopoldine Hugo (1824-1843), fille aînée du poète, est à l’honneur dans l’antichambre de l’appartement de la Maison de Victor Hugo. La jeune femme, âgée de 19 ans, et son mari, Charles Vacquerie, périrent noyés quelques mois après leur mariage. L’exposition réunit un ensemble de biens personnels de Léopoldine, tels que sa robe de mariée, de nombreux cahiers de croquis, bulletins scolaires ainsi que la robe qu’elle portait le jour de son décès.
Nombre de ses portraits trouvent leur place au milieu des pages d’écriture de Hugo, en hommage à sa fille dont la disparition tragique inspira ses plus beaux textes des Contemplations.
« Léopoldine ou la jeunesse volée », jusqu’au 5 septembre, Maison de Victor Hugo à Paris

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°323 du 16 avril 2010, avec le titre suivant : Plume et pinceau

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