Plénitude turbulente

Aurelie Nemours, Jean Tinguely, une rencontre généreuse

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 27 août 1999

L’Espace de l’Art concret, à Mouans-Sartoux, va s’enrichir d’une nouvelle surface, lieu d’accueil de la collection récemment léguée par Sybil Albers et Gottfried Honneger à l’État. Actuellement, le centre d’art propose une confrontation féconde entre la peinture ascétique d’Aurelie Nemours et la mécanique turbulente de Jean Tinguely.

MOUANS-SARTOUX - Espace d’exposition, lieu de dépôt d’une importante collection d’art moderne et contemporain, atelier éducatif, l’Espace de l’Art concret de Mouans-Sartoux, installé dans un château de l’arrière-pays niçois, est tout cela à la fois. Créé en 1990, le centre d’art se trouve aujourd’hui à un tournant de son histoire : Sybil Albers et son époux, l’artiste suisse Gottfried Honegger, ont décidé de faire don à l’État de leur collection. Cet ensemble va donc être mis en dépôt définitif et intégral à Mouans-Sartoux ; il y sera présenté dans un nouveau bâtiment de 1 000 m2, construit dans le parc. Un concours public international a été lancé : le choix de l’architecte sera dévoilé en septembre, le chantier devant s’achever avant l’an 2000. Le futur musée est déjà riche d’une collection de 300 pièces, allant de Josef Albers et Max Bill à Michel Verjux, en passant par l’Abstraction géométrique, l’Art minimal ou le Land-art.

Figure majeure de l’Abstraction géométrique, Aurelie Nemours s’inscrit naturellement dans cette collection, à travers un ensemble cohérent d’une douzaine d’œuvres, de Pierre au blanc, de 1959, à Océan II, peint en 1993. La “grande dame de l’art constructif”, comme la nomme Gottfried Honegger, est, à quelques mois de la rétrospective que doit lui consacrer le Musée des beaux-arts de Rennes, confrontée à Jean Tinguely dans les salles du château. Choix surprenant mais dicté par Aurelie Nemours, observatrice admirative d’un artiste qui, comme elle le dit, est allé aussi loin qu’elle, “mais à l’inverse”. Le bruit, le mouvement, la sculpture s’immiscent dans la couleur et le rythme silencieux de la peinture. Réciproquement, celle-ci entoure, encadre et rayonne sur ces bricolages intempestifs, tant certaines toiles, comme Ostie, carré bichrome jaune et rose pâle, semblent vibrer. Ainsi l’impressionnant Pontus de 1990, bois de cerf au mécanisme apparent et au mouvement lourd, est encerclé par une Ligne de 1991, suite interrompue, au gré des cimaises, de vingt-six toiles monochromes de petit format et de couleurs différentes. Ouvrant sur les Demeures de 1956-1958, trames noir et blanc réalisées au pastel, l’exposition déroule chronologiquement une trentaine d’œuvres de Nemours. Une demi-douzaine de sculptures, parfois impressionnantes, parfois discrètes et néanmoins bruyantes, comme MAT, petite plume verte animée par un moteur électrique, sont dispersées, une dans chaque salle, pas plus. Les métamécaniques du Suisse se taisent dans la dernière salle, “structure du silence”, selon Odile Biec Morello, commissaire de l’exposition. Dans cette demi-rotonde s’étend une série de rectangles horizontaux : Colonne rouge (1989), Colonne bleu céleste (1989), Colonne blanche (1989), Colonne jaune (1992), chacun composé de quatre carrés monochromes, oscillant entre structure déductive et rappel des vitraux créés par Aurelie Nemours pour Notre-Dame de Salagon.

SILENCE-ÉCLAT, AURELIE NEMOURS RENCONTRE JEAN TINGUELY

Jusqu’au 31 octobre, espace de l’Art concret, château de Mouans, 06370 Mouans-Sartoux, tlj, 11h-19h (jusqu’au 30 septembre), puis 11h-18h. Catalogue, Éditions RMN, 70F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°87 du 27 août 1999, avec le titre suivant : Plénitude turbulente

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