Jeudi 13 décembre 2018

Plages de couleur au Grand Palais

Le Journal des Arts

Le 6 octobre 2000 - 643 mots

Courbet, Monet, Cézanne, Signac, Matisse, Bonnard, tous les maîtres de la modernité sont réunis au Grand Palais pour célébrer les noces de la peinture et de la Méditerranée. Sans réel enjeu scientifique, cette exposition confronte les regards sur ces lieux devenus mythiques, Saint-Tropez, Collioure... et nous convie au plaisir simple d’une balade sur des rivages ensoleillés.

PARIS - “Le premier grand artiste à découvrir la mer Méditerranée, à la peindre sans personnages, sans accessoires, sans allusion antique, sans portique ou arbre pour caler le paysage, bref sans référence à l’Italie, à Poussin ou à Vernet, le premier enfin à montrer la mer et le ciel dans leur simple grandeur, c’est au cours de l’été 1854, Gustave Courbet”, écrit Françoise Cachin dans le catalogue. Le Bord de mer à Palavas ouvre donc naturellement cette exposition qui s’achève, quelques décennies plus tard, sur un singulier face-à-face : Porte-fenêtre à Collioure (1914) de Matisse et Jeune Fille à la fenêtre de Dalí (1925), deux remises en question du paysage tel que l’avaient pratiqué les Monet, Cézanne et autres Signac. Comme l’indique le découpage du parcours par thèmes (Rochers, Rivages, Villégiatures, Mythologies…), il ne s’agit pas d’illustrer une vision téléologique de la modernité, mais plutôt de confronter les regards sur le rivage méditerranéen, de Cadaquès, en Catalogne, à Bordighera, peu après la frontière italienne, et plus particulièrement sur ces lieux devenus mythiques : Collioure, L’Estaque ou encore Saint-Tropez – que Monet aurait pu découvrir le premier s’il avait répondu à l’invitation insistante de Maupassant. Baignée de cette lumière qui intensifie les couleurs, cette région devait apparaître aux peintres venus du nord de la Loire comme une nouvelle Arcadie, et ressusciter dans leurs toiles les figures de la mythologie antique. Avec La Flûte de Pan monumentale de Picasso comme point d’orgue.

Au cours des dix dernières années, plusieurs expositions importantes ont déjà exploré la rencontre des peintres avec la lumière du Midi : “Signac et Saint-Tropez” (1992), “L’Estaque, naissance du paysage moderne” (1994), “Peintres de la couleur en Provence” (1995), sans parler des nombreuses rétrospectives consacrées aux maîtres de l’art moderne (Cézanne, Bonnard, Dufy, Matisse, Derain, en attendant Signac au printemps 2001). Au fil de la visite, on reconnaît d’ailleurs quelques toiles déjà présentées dans “Les Fauves” l’an dernier. “Méditerranée” s’apparente un peu à ce que l’industrie discographique a baptisé best-of, avec tous ces “standards” de la modernité : L’Estaque, vue du golfe de Marseille de Cézanne, La Baie de Cassis et Saint-Tropez. L’Orage de Signac, Le Port de Collioure de Derain, L’Air du soir de Cross, Luxe, calme et volupté de Matisse… Si le terrain, tel le sentier des douaniers, est bien balisé, le parcours ménage néanmoins quelques surprises. À côté d’œuvres méconnues du jeune Picasso, dont la bien nommée Méditerranée de 1901, Joaquín Mir, lui aussi catalan, transfigure Le Rocher de l’Estany en une inquiétante vision fantasmagorique, loin de la lumière solaire des impressionnistes ou des fauves. Quant au Jardin de roses à Monaco peint par Henri-Edmond Cross en 1884, “grande composition glauque et sourde”, elle “ne pouvait pas laisser supposer les éclatantes fanfares des œuvres futures”, selon les mots de Signac lui-même.

C’est finalement Paul Souriau, qui, dans L’Esthétique de la lumière (1913), nous éclaire sur les vertus de cette entreprise : “Il fait bon vivre au soleil. Nous savons par longue expérience que la lumière nous est bonne, qu’elle est hygiénique, qu’elle nous est indispensable pour nous maintenir en bonne santé. […] Sous l’influence des rayons solaires, nous éprouvons un sentiment de bien-être physique, qui nous montre que les exigences vitales sont satisfaites.” Un bon antidote à un été maussade.

- MÉDITERRANÉE, DE COURBET À MATISSE, jusqu’au 15 janvier, Galeries nationales du Grand Palais, Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris, tél. 01 44 13 17 47, tlj sauf mardi 10h-20h, le mercredi jusqu’à 22h. Catalogue, éd. RMN, 240 p., 220 ill. dont 100 coul., 190 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°112 du 6 octobre 2000, avec le titre suivant : Plages de couleur au Grand Palais

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