Pisanello, peintre de cour

Première rétrospective au Louvre

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1996

Le Louvre possède le fonds le plus important de dessins de Pisanello – 250 feuilles –, témoignage inespéré de l’art d’un grand esprit du Quattrocento, dont l’œuvre peint a presque totalement disparu. En association avec le Museo di Castelvecchio de Vérone, le musée propose une prometteuse rétrospective en 320 pièces venues du monde entier – essentiellement des dessins et médailles, mais aussi quelques peintures et fresques –, qui illustre le milieu courtois et chevaleresque de cet artiste formé à Vérone.

PARIS - Célébré par les poètes et les humanistes de son temps pour ses portraits peints, ses médailles, et par-dessus tout pour sa faculté d’observation et d’imitation de la nature, Pisanello a vite été oublié. La disparition de la majorité de son œuvre, qu’il soit monumental ou de chevalet, en est en grande partie responsable. Aujourd’hui, seuls quatre fresques et fragments et six tableaux sont répertoriés. Cinq d’entre eux, dont la Madone à la caille, La Vierge entre saint Antoine et saint Georges, et les portraits de Lionello d’Este et d’une Princesse de la famille d’Este, figureront à l’exposition. Heureusement, demeurent en plus grand nombre deux aspects bien révélateurs de son talent. Les médailles tout d’abord, pour lesquelles Pisanello a créé une nouvelle formule – profil sur l’avers, devise et allégorie au revers -, seront réunies dans leur totalité. Servant la gloire et la postérité de leur commanditaire, elles exaltent ses qualités (Médaille de Vittorino da Feltre) ou commémorent un événement de la vie du prince (Médaille célébrant le mariage de Lionello d’Este).

Chiens, faucons, cerfs, léopards, chameaux, chevaux…
Les dessins enfin, réalistes, minutieux à l’extrême, sont les mieux représentés. Car Pisanello a énormément dessiné, aussi bien d’après nature que pour élaborer ses œuvres définitives. Dominique Cordellier, commissaire de l’exposition, évalue de 50 à 70 la quantité d’études préparatoires pour une composition. Même si l’on en compte peut-être dix fois moins aujourd’hui, leur nombre reste considérable pour un artiste de cette époque. C’est à travers cet émouvant témoignage que perdure l’esprit d’un monde magnifique et raffiné, épris de chasse et de tournois : études de costumes somptueux, princes et grandes dames aux coiffures extravagantes, chevaliers, écuyers… L’univers de Pisanello est celui des cours qu’il fréquente – Ferrare, Mantoue, Naples, Rimini… –, encore médiévales et empreintes de légende arthurienne. Dans cet ensemble merveilleux, les animaux occupent une place d’exception. Parmi les chiens, faucons, cerfs, léopards et autres chameaux, les chevaux se distinguent particulièrement. Des dizaines de feuilles restituent avec justesse des bêtes élégantes, et décrivent dans leurs moindres détails harnachement, sellerie, attitudes.

Ces différents aspects d’un monde poétique, où la réalité intervient parfois violemment, seront, pour l’exposition, mêlés dans un parcours d’ordre plutôt chronologique. Tel un travail d’interprétation et de résonance, ils invitent le visiteur à la rêverie et au bonheur de la contemplation.

Pisanello (1395-1455). Le peintre aux sept vertus, Paris, Musée du Louvre, Hall Napoléon, 10 mai-5 août, ouvert tous les jours sauf mardi de 10h à 22h. Catalogue collectif, éditions RMN, 528 p., 390 F environ.
L’exposition, sous une autre forme, ira ensuite à Vérone, Museo di Castelvecchio, 7 septembre-8 décembre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°25 du 1 mai 1996, avec le titre suivant : Pisanello, peintre de cour

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