Pierre Loti

Il fit entrer l'exotisme à l'Académie

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 octobre 2006

Entre dandysme et goût de l’aventure, l’écrivain et matelot Julien Viaud, alias Pierre Loti, a fait de sa vie une œuvre, profitant de ses nombreuses escales pour nourrir son imaginaire.

Quand, en 1872, il débarque à vingt-deux ans à Tahiti, Julien Viaud (1850-1923) ne peut pas s’imaginer que c’est le nom d’une fleur de ce pays – loti, rose en maori –, dont on le surnomme, qu’il va prendre pour pseudonyme et qui fera sa postérité. Originaire de Rochefort, en Charente-Maritime, Pierre Loti est surtout connu pour son œuvre littéraire.
Mais sa vie n’est pas seulement celle d’un homme de plume. Marin de carrière, artiste à ses heures, Pierre Loti n’a cessé de parcourir le monde témoignant une passion effrénée pour l’Orient et tous les exotismes.

Un succès littéraire rapide
Issu d’une famille protestante, le jeune Loti, qui montre un goût pour la musique et la peinture, proclame très tôt qu’il veut devenir marin. Comme son frère aîné. Une vocation que renforce la disparition en mer de ce dernier en 1865.
Reçu à l’École navale de Brest en 1867, Loti est nommé aspirant en 1869. Il embarque sur le Jean Bart et commence une série de voyages qui n’en finira pas : l’Algérie, la Turquie, le Brésil, les États-Unis, le Canada.
Pendant la guerre de 1870, il participe au conflit à bord de la corvette Decrès puis repart au loin. Il sillonne la côte ouest africaine, traverse le Pacifique, séjourne en Polynésie puis au Levant et à Constantinople.
Si son premier roman, écrit à Tahiti, Le Mariage de Loti, ne paraîtra qu’en 1880, celui d’Aziyadé (1879), du nom d’une jeune Turque dont il s’est amouraché, est publié sans nom d’auteur, réserve professionnelle oblige.
Promu lieutenant de vaisseau en 1881, il découvre l’Extrême-Orient et publie Le Roman d’un Spahi qu’il signe Pierre Loti. Dès lors, sa réputation d’auteur devient publique. Marié en 1886, père de famille en 1889, il fait paraître Madame Chrysanthème et Japonerie d’automne, deux gros succès qui lui ouvrent en 1891 les portes de l’Académie française, passant sous le nez de Zola.
Parfaitement mêlées, ses deux activités se nourrissent l’une l’autre et sont soumises à son caractère volontiers exalté. En 1898, la publication d’un article ne plaît pas à aux autorités militaires qui décident alors de le mettre à la retraite. Pierre Loti ne désarme pas, il engage une action auprès du Conseil d’État et le voilà aussitôt réintégré dans le rang. Il y fait preuve d’un zèle qui lui vaut d’être promu capitaine de frégate, puis de vaisseau en 1906, allant et venant en Inde, en Perse, au Japon, à Pékin, en Corée.

Idéaliste et homme de devoir
Côté littérature, Pierre Loti est tout aussi prolixe : Ramuntcho (1897), L’Inde (1903), Les Désenchantés (1906), etc. continuent d’asseoir sa réputation. De ses incessants voyages, l’artiste revient avec dessins, esquisses et petites peintures, mais aussi des photographies, qui sont comme autant de notes prises sur le vif. Il en rapporte également tout un monde d’objets qui viennent composer le décor de sa maison d’Hendaye, achetée en 1894, et qui opèrent en souvenirs stimulants des aventures traversées.
Quand éclate la guerre de 1914, Pierre Loti est à la retraite depuis quatre ans, mais le sens du devoir l’appelle et il décide de reprendre du service. Il a 64 ans, il se transforme en agent de liaison et conseiller technique du général Gallieni. Observateur critique de la gestion internationale de la crise, il ne cachera toutefois pas son amertume face au démantèlement de l’Empire ottoman, prenant fait et cause pour la Turquie, sa patrie d’adoption.
Davantage engagés que romanesques, ses derniers ouvrages dont L’Horreur allemande (1918), Prime Jeunesse (1919) et Suprêmes Visions d’Orient (1921), écrit en collaboration avec son fils Samuel, composent le chant du cygne d’un homme libre, passionné et idéaliste. Un homme du regard et de l’image autant que du texte.
Victime d’une attaque de paralysie, Pierre Loti meurt en juin 1923. Le gouvernement, qui voit en lui un serviteur et un bel esprit, choisit de lui rendre hommage en lui faisant des funérailles nationales. Comme il en fit à Hugo en 1885, comme il en fera à Valéry en 1945.

Biographie

1850 Naissance à Rochefort. 1867 Julien Viaud intègre l’École navale de Brest 1876 À la suite d’une escale à Tahiti en 1872, il prend le surnom de Pierre Loti. 1881 Il est promu lieutenant de vaisseau. 1891 Élu académicien, la nouvelle lui arrive en rade d’Alger. 1892 Fantôme d’Orient. 1914 Il rempile à la déclaration de la guerre. 1923 Pierre Loti décède à Hendaye.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°584 du 1 octobre 2006, avec le titre suivant : Pierre Loti

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