Pierre Huyghe

Secret story teller

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 février 2006

Quoi de plus réjouissant que d’appeler l’artiste français le plus doué de sa génération à marquer de son univers la réouverture du musée d’Art moderne de la Ville de Paris ? Mystères et fluctuations de dernière minute furent soigneusement gardés au cours des mois de préparation de l’exposition « Celebration Park » qui débute le 2 février. Et pour ce qui en a filtré, le programme s’articule en deux séquences : un long préambule musical, suivi en mars de dispositifs inédits qui devraient nous mener de l’Antarctique à New York en passant par Harvard.
Nourris au doute, les projets de Pierre Huyghe aiment à se conduire comme des générateurs d’expériences. Quelque chose comme une intuition scientifique doublée d’une ambition artistique à toute épreuve. Collaborations et recherches obstinées alimentent chaque programme engagé. Qu’ils empruntent leurs amorces au folklore, à Edgar Poe, Walt Disney ou Charles Fourier, qu’ils animent, paradent, filment, architecturent, ou photographient, les territoires explorés par Huyghe rôdent autour d’un thème récurrent : répartir ou entrecroiser des temporalités variables. Fiction et réalité s’emboîtent et en profitent pour scénariser la mémoire collective et le rôle de l’artiste.
This is not time for dreaming, son film présenté lors de la dernière Biennale de Lyon (cf. L’Œil n° 574) ne tissait pas autre chose. Le projet présentait un conte contemporain bâti comme un écheveau complexe mais limpide de temps, de registres et de récits agencés en tiroirs.
À la commande qui lui avait été faite par Harvard de se pencher sur le seul bâtiment jamais construit par Le Corbusier aux États-Unis, Huyghe avait choisi de répondre par un spectacle de marionnettes filmé. Il y faisait jouer Le Corbusier – marionnette à lunettes cerclées de noir dans une séquence mémorable de danse sur le Temps des cerises – et les acteurs du projet de bâtiment.
Le spectateur assistait à la naissance du projet, aux rêveries de Le Corbusier. La petite scène devenait un espace de création, accueillant dans un même temps la marionnette de l’artiste lui-même, l’histoire de son propre projet et ses difficultés à s’emparer de la mémoire corbuséenne. Un jeu de strates temporelles et narratives, nostalgique, combinant deux durées de création et qui empruntait son esthétique aux films d’animation et programmes pour enfants de l’ancien bloc de l’Est. On devrait le revoir avec bonheur à l’Arc, sous une forme nouvelle.

« Pierre Huyghe, Celebration Park », musée d’Art moderne de la Ville de Paris/ ARC, 11 av. du Président Wilson, XVIe, tél. 01 53 67 40 00, 2 février-30 avril.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°577 du 1 février 2006, avec le titre suivant : Pierre Huyghe

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