Jeu de Paume

Pier Paolo Calzolari

L’art pauvre et acide

Coproduite par le Jeu de Paume et le Castello di Rivoli, la rétrospective Pier Paolo Calzolari (Bologne, 1943) présente au premier étage de la galerie nationale plus d’une quarantaine d’œuvres, de 1966 à aujourd’hui.

PARIS - Étrange parcours que celui de Calzolari, compagnon de l’Arte Povera dès les premières heures et qui, au début des années quatre-vingt, abandonnait peu à peu les installations pour se consacrer à nouveau à la peinture seule. Si pour Jannis Kounellis par exemple, la sculpture, conçue comme une alternative, a toujours trahi avec bonheur des préoccupations picturales, Calzolari, lui, entretient avec le tableau des relations conflictuelles et tourmentées. L’exposition du Jeu de Paume fait totalement l’impasse sur sa peinture, qu’on avait pu voir notamment à la Galerie de France en 1984. Qu’ils datent de 1970 ou de 1990, les travaux de Calzolari emploient une grande diversité de matériaux au service d’un univers poétique âprement revendiqué dans de longs textes, tantôt lyriques, tantôt tragiques, et dominé par le froid et les néons, par le plomb et les matières organiques. L’éternité d’un côté et la métamorphose de l’autre se disputent le premier rôle.

L’hétéroclite
L’art pauvre a fait feu de tout bois, et en ce sens Calzolari est le plus représentatif, pour ne pas dire le plus typique de ce mouvement. Mais il est aussi le plus critique et le plus cynique : les escaliers ou les plafonds recouverts de margarine sont emblématiques de son attitude à la fois suspicieuse et jalouse vis-à-vis d’un langage artistique confronté à l’obligation de se renouveler sans cesse pour parvenir à exister et à signifier. Ses œuvres sont non seulement constituées de matériaux hétéroclites (magnétophones, structures givrantes, animaux, lettres de plomb ou de néon, objets trouvés), mais résistent aussi à toute espèce d’unité. Les fragments d’une même pièce, dans Rete [Grille, 1988], ou Senza titolo multiplo (1975), par exemple, demeurent séparés les uns des autres, sans qu’aucun lien explicite ne parvienne à les réunir. Ainsi témoignent-elles inlassablement et douloureusement de la puissance du doute, dont on ne sait si l’artiste a les moyens ou la volonté de triompher.

Les nombreuses performances (dites "actes de passion") que l’artiste a réalisées témoignent encore de son intérêt pour un théâtre éclaté et maniériste qui accumule les références aux cultures byzantine et italienne. L’art de Calzolari, qui multiplie sans compter les points de friction, est vindicatif et met volontiers le spectateur en porte-à-faux comme si l’hostilité était le seul moyen de lui faire percevoir l’usure et la faillite d’un monde dont il faut toujours relever les ruines.

Pier Paolo Calzolari, Galerie nationale du Jeu de Paume, jusqu’au 29 mai. L’exposition sera ensuite présentée à Rivoli du 22 septembre au 20 novembre et à la Fondation Ashe Edelman à Pully-Lausanne du 16 décembre 1994 au 22 avril 1995.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°3 du 1 mai 1994, avec le titre suivant : Pier Paolo Calzolari

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