Mercredi 21 février 2018

Picasso fait son cirque

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 1 août 2007

1973. L‘année de la mort de Picasso voit aussi la destruction de l’ancien cirque Medrano. Étrange coïncidence que les disparitions successives de ce démiurge et de ce qui aurait pu être un temple consacré à sa mémoire ? Pas si sûr, ainsi que la fondation Gianadda, aidée des plus pénétrants évangélistes picassiens – Jean Clair, Brigitte Léal… –, invite à le penser.
Auguste et clown triste, Picasso s’identifie très tôt au saltimbanque, icône moderne de l’homme frivole et rusé, burlesque et désespéré. Installé à Paris, il confesse aller jusqu’à quatre fois par semaine s’esclaffer devant les pitreries des bouffons et les sauts des acrobates. Aussi, ses débuts sont-ils traversés par des arlequins mélancoliques, comme autant d’autoportraits déguisés, et des écuyères montant des chevaux fougueux.
(Sur)peuplé d’une humanité tantôt fantasque, tantôt dévoyée, le cirque offre à un Picasso bleu, rose, cubiste ou ingresque un artifice de formes et de couleurs. L’investigation culmine en 1917 avec Parade quand, associé à Satie et Diaghilev, il crée un bestiaire fantasque qui soulève la critique. Mais rien ne l’empêchera, dès lors, de multiplier des recherches qui revisitent aussi bien ses aînés qu’elles disloquent les formes.
Peintures, dessins, lithographies, céramiques dessinent ainsi un fil rouge, le cirque, que Picasso tenait pour extraordinaire. Les siens deviennent vite les marionnettes de ce grand enfant qui, au soir de sa vie, représente encore des clowns lubriques et se souvient de son premier amour : une écuyère entraperçue en 1897 à Barcelone…

« Picasso et le cirque », fondation Pierre Gianadda, Martigny (Suisse), tél. 00 41 027 722 39 78, jusqu’au17 juin 2007.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°590 du 1 avril 2007, avec le titre suivant : Picasso fait son cirque

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque