Dimanche 23 février 2020

Rétrospective

Piano, récital en architectures majeures

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 19 janvier 2016 - 723 mots

La Cité de l’architecture et du patrimoine met en scène le parcours et les réalisations, pour certaines en cours, d’un Renzo Piano constructeur et toujours expérimentateur.

PARIS - Une rétrospective d’une telle ampleur, à Paris, ne pouvait se concevoir sans faire une place à l’édifice qui, depuis son érection au cœur de la capitale française, propulsa son auteur sur le devant de la scène architecturale : le Centre Pompidou. Déployée à la Cité de l’architecture et du patrimoine, cette exposition (1) consacrée à l’Italien Renzo Piano, 78 ans, Pritzker Prize 1998, débute par un clin d’œil : le Centre national d’art et de culture parisien y est représenté par une maquette géante en Lego appartenant à l’architecte anglais Richard Rogers, l’autre tête, oubliée, du tandem qui, avec Piano, en 1971, remporta le concours international. L’objet permet de structurer la scénographie en deux sections distinctes : d’un côté les premières œuvres du maestro transalpin, de l’autre les projets des années 1990 jusqu’à aujourd’hui.

Dans la première partie sont exhibées les recherches initiales des années 1960 – « la préhistoire » comme l’appelle avec humour l’architecte –, période pendant laquelle Renzo Piano, diplômé du Politecnico (École polytechnique) de Milan en 1964, commence à multiplier les projets expérimentaux, souvent avec l’aide de son frère ingénieur, Ermanno. Ici, un plan et des photographies illustrent une structure à coques dessinée pour la XIVe Triennale de Milan. Là, une maquette évoque un pavillon amovible destiné à l’extraction du soufre à Pomezia, près de Rome. Déjà, on y lit une quête de la légèreté et la recherche d’une « vérité constructive », selon les propres termes de l’architecte.

Plus de 90 réalisations
Renzo Piano est né le 14 septembre 1937 à Gênes, dans une famille de « constructeurs », et sa fréquentation des chantiers de son père, Carlo, lui a permis de marier l’expérience sur le terrain à ses acquis théoriques. Fondée en 1981, son agence, Renzo Piano Building Workshop, est aujourd’hui implantée à Paris et à Gênes. À son compteur : plus de 90 réalisations et une vingtaine de chantiers en cours. Il n’empêche, pour Piano, chaque projet est différent : « L’architecte est comme un Robinson Crusoé, toujours prêt à explorer une nouvelle île », aime-t-il à répéter. C’est ce que tend à démontrer le second volet de l’exposition, constitué de quinze projets, livrés ou en cours, sélectionnés selon six thématiques : « Paysages », « Confrontations », « Patrimoines urbains, Hauteurs », « Morceaux de ville » et « Matières ».

Le dispositif est élémentaire, mais efficace : quinze tables comme autant de réalisations dans lesquelles le visiteur peut « entrer » à sa guise, et décortiquer à l’envi, confortablement assis, les documents mis à sa disposition, maquettes d’ensemble ou de détails techniques, livres, photographies, plans et esquisses, voire vidéos. S’y affichent le Centre culturel Tjibaou, à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), et le futur Palais de justice (Paris) ; l’Académie des sciences de Californie à San Francisco et le prochain campus universitaire de la citadelle d’Amiens ; le Kimbell Art Museum à Fort Worth (Texas) et la future Fondation d’art Stávros Niárchos à Athènes (Grèce), le gratte-ciel The Shard à Londres, ou la nouvelle Porte d’entrée de la ville de La Valette à Malte. À chaque fois, Renzo Piano apparaît comme un expérimentateur, sans cesse en quête de justesse dans le mariage d’un matériau et d’une technologie. Ainsi, pour un projet actuellement en chantier, le nouveau centre de chirurgie pédiatrique de l’ONG Emergency à Entebbe (Ouganda), il use d’un matériau de construction et d’une technique séculaires, la terre crue et le pisé, en les réinterprétant de manière subtile et contemporaine.

Dans les films ici projetés, il faut écouter le créateur parler de ses projets. Voire, parfois, entendre l’autre son de cloche, celui des utilisateurs, comme c’est le cas pour le monastère Sainte-Claire (dans la Marne). Dans une vidéo, on peut ainsi voir sœur Brigitte coiffée d’un casque jaune poussin, lors d’une des dernières visites de chantier : « J’ai été saisie d’une émotion intérieure très forte, ils ont vraiment réussi à traduire ce que l’on voulait. » On ne saurait entendre plus bel éloge.

Note

(1) Cette présentation est une adaptation de l’exposition « Pezzo per Pezzo », conçue et réalisée par l’agence Renzo Piano Building Workshop et la Fondazione Renzo Piano.

Méthode Piano

Commissaire : Francis Rambert, directeur de l’Institut français d’architecture

Renzo Piano Building Workshop, La méthode Piano

Jusqu’au 29 février, Cité de l’architecture et du patrimoine, 45, av. du Président-Wilson, 75016 Paris, tél 01 58 51 52 00, www.citechaillot.fr, tlj sauf mardi 11h-19h, jeudi jusqu’à 21h, entrée 12 €.

Légende photo
Palais de justice, vue de la façade Est la nuit depuis le parvis, Paris, 2010, architecte : RPBW. © RPBW – Renzo Piano Building Workshop Architects, render by Labtop.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°449 du 22 janvier 2016, avec le titre suivant : Piano, récital en architectures majeures

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