Philippe II, prince prodigue

Le Journal des Arts

Le 23 octobre 1998

Point d’orgue des célébrations du quatrième centenaire de la mort de Philippe II, l’exposition du Prado dresse le portrait du plus grand mécène européen du XVIe siècle, en interrogeant à la fois sa culture esthétique et le statut des images à la cour d’Espagne.

MADRID (de notre correspondant). Dans le cadre d’une année dominée par les commémorations des naissances de Zurbarán et Federico García Lorca, de la mort de Philippe II et du désastre de 1898 marquant la fin de l’Empire espagnol, l’exposition du Musée du Prado sera sans aucun doute l’événement le plus important. “Philippe II, prince de la Renaissance” présente en effet quelque 370 peintures, sculptures et arts décoratifs provenant de nombreux musées espagnols et étrangers. Les pièces majeures viennent du Prado lui-même, du Patrimoine national, du Musée de Vienne (une quarantaine d’œuvres) et du Louvre. Mais était-il intéressant d’organiser cette exposition dans le musée qui a hérité de la collection de Philippe II ? Fernando Checa, directeur du Prado et commissaire de l’exposition, répond qu’“en l’occurrence, les œuvres provenant du musée représentent moins de la moitié des pièces exposées. Certaines œuvres de la collection de Philippe II conservées au Prado n’y figurent pas, justement afin de proposer au public des œuvres d’autres musées.” Auteur d’une remarquable monographie sur Philippe II, Fernando Checa est un spécialiste renommé des rapports entre l’art et la monarchie. Aussi cette exposition lui tient-elle particulièrement à cœur. Mais ajoute-t-elle quelque chose aux recherches déjà publiées ? “Le livre s’intéresse plutôt au Philippe II mécène des arts. J’ai voulu ici faire l’inverse. Le propos de l’exposition est de savoir quel rôle joue l’art dans une cour du XVIe siècle. Ma recherche est davantage orientée sur la fonction de l’œuvre d’art que sur le mécénat”. Contrairement aux expositions de l’Escurial (lire le JdA n° 64, 8 juillet) et de Valladolid – jusqu’en janvier – qui concernent l’Histoire tout court, celle du Prado est centrée sur l’histoire de l’art et ne présente donc pas “les tableaux en tant qu’illustrations des événements historiques”. Pour “montrer comment se bâtissait esthétiquement l’image de la majesté royale sous la Renaissance”, le directeur du Prado a prévu six sections dans lesquelles sont étudiées la formation de Philippe II, l’Antiquité classique comme modèle de référence, les portraits en tant que représentation du pouvoir, la religion, la propagande dynastique et les collections royales. Ces fils tissent la trame d’une exposition dont les acteurs principaux sont trois des peintres les plus importants de la Renaissance : Titien, le Greco et Jérôme Bosch.

PHILIPPE II, PRINCE DE LA RENAISSANCE

Jusqu’au 10 janvier, Musée du Prado, Parc del Prado, Madrid, tél. 34 91 330 28 36, tlj sauf lundi 9h-19h, dimanche 9h-14h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°69 du 23 octobre 1998, avec le titre suivant : Philippe II, prince prodigue

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